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She was here, motionless like a caged bird

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Message Sujet: She was here, motionless like a caged bird Mar 31 Déc 2013 - 15:18

« Une citation »
Candice Brokenwings
« Elizabeth Von Wettin de Sound Horizon»


Nom : Brokenwings

Prénom: Candice

Date de naissance: 30 novembre

Age: 20 ans

Lieu de naissance: Northallerton dans le Yorkshire

Sexe: Féminin

Race: Humaine

Rôle: Comtesse

Sexualité: Hétérosexuelle


“ Le Caractère



« Milady ? Mi…lady ? »

Il n’y avait pas de larmes. Pas la moindre larme sur ce visage pourtant ravagé par une tristesse indicible. Un genre de souffrance perpétuel que l’on peut ni nommer, ni décrire. Quelque chose qui se trouve là, sans la moindre légitimité. Emily était entrée au service de la famille Brokenwings il y a cinq mois lorsque l’ancienne gouvernante avait quitté le manoir londonien du lignage d’ascendance royale (à ce que disaient les rumeurs). Elle avait trouvé sa devancière et avait voulu savoir la cause de sa démission. Après quinze ans de bons et loyaux services… la vieille femme lui avait demandé de regarder attentivement la jeune maîtresse. Emily n’avait pas compris à cette époque là, mais désormais elle le voyait devant ses yeux : Le cœur de la Comtesse flanchait.

Candice Brokenwings était d’une tristesse tellement palpable que ça brisait presque tout. Une tristesse qui, si elle n’était pas forcément contagieuse, dressait un mur entre elle et les autres. Une tristesse qui croissait de jour en jour. Tellement profonde et tellement sincère. Comment aurait-elle pu rester insensible à la situation de la jeune lady ? Plus qu’une profonde affliction qu’Emily n’expliquait pas, il y avait un genre de mélancolie puissante et intangible dans le si petit corps de Candice. Comment une enfant si riche et si bien née pouvait-elle souffrir autant ?

« Mademoiselle est très malade » lui avait-on dit. Certes, elle pouvait le comprendre mais cela ne suffisait pas à expliquer toute cette souffrance silencieuse. Et puis elle avait mis le doigt sur la terrible vérité. Epouvantable que l’opprobre jeté sur cette enfant. Fille bâtarde d’un comte et d’une servante de la maison Brokenwings. Devenue Comtesse et ce malgré le rejet violent qu’éprouvait l’épouse du Comte pour la progéniture illégitime de ce dernier. Ceci dit, comme Dieu ne semblait pas vouloir garnir leur couche d’un enfant, Candice demeurait la seule héritière au titre. Candice vivait seule dans un immense domaine londonien où son père lui rendait visite une fois par mois.

Solitude. Candice était solitude. Une solitude profonde occasionnée par la honte et le rejet qui lui collait à la peau. Elle était une fleur interdite. Quelque chose qui n’aurait jamais du être là. Source de la douleur et de la honte, berceau de l’amour puissant et irrationnel d’un père qui avait tant aimé sa mère.

Et puis Milady avait tourné ses grands yeux verts sur Emily. Des yeux profonds et lumineux. Des yeux qui brûlaient de mille feux d’une curiosité intellectuelle inassouvissable. Une intelligence que d’autres lui avaient confirmés. Mademoiselle était en avance sur son âge, elle aurait tellement voulu faire des études, écrire des livres ! Oh, mademoiselle était si douée. Mademoiselle semblait vivre lorsqu’elle évoquait la littérature, quand elle parlait de voyages. Et comme elle était jolie Milady, quand elle perdait ce sourire si doux et si neutre qu’elle arborait d’habitude. Lorsqu’elle ressemblait enfin à une jeune fille, et non pas à une vulgaire poupée –quoique jolie- qu’on aurait placée là de libre arbitre. Ces moments là, ces moments où elle avait le goût de vivre, le goût des choses, ces moments là étaient rares mais tellement beaux, tellement tendres et remplis d’une ivresse, d’un amour naïf.

Candice était sans doute ainsi. Une enfant à la tendresse enfantine et à l’empressement charmeur. Comme un tout petit enfant caché derrière une maturité trop lourde et trop grave. Elle était comme un minuscule bourgeon qui aurait à peine commencé à fleurir, une timidité si douce et délicate, avec des manières parfois si polies et parfois si maladroites. Avec une propension à la tendresse telle que ça en devenait étouffant. Tellement, tellement qu’elle était la première à en souffrir. Une tendresse et un amour sans bornes qui parfois la poussaient à l’autodestruction. La colère, la rage.

L’abandon de la vie. Le refus d’avancer vers une mort certaine. La crainte de ne pas guérir. Le dégoût, le rejet. La colère de nouveau.

Incapable de sortir de sa cage.

Tout comme les oiseaux qu’elle élevait dans la volière. Condamnée à voir toujours le même jardin depuis la même verrière.

Seule. Seule. Seule. Seule.

Candice ne riait presque pas. Pourquoi l’aurait-elle fait ? Elle qui ne pouvait parler à personne. Elle qui ne voyait personne. Elle qui sombrait peu à peu dans une folie qu’Emily pouvait déceler chaque jour un peu plus. Une folie qui lui faisait peur. Comme un voile noir qui tombait peu à peu sur le cœur et l’âme de la belle recluse qui ne quittait sa verrière pour s’enfermer dans une bibliothèque ou une volière. Une jeune fille qui avait pourtant tellement d’amour à offrir.

Tellement, tellement… et tellement de jeux dans les yeux.

Candice n’était peut-être pas humaine, dans son étrange piété, dans son étrange solitude mélancolique.

Non elle n’était qu’un oiseau –et quel oiseau- de plus dans la volière de la famille Brokenwings.

Juste un oiseau.


“ Le Physique





Candice se tenait là, comme tous les autres jours.

Seule. Désespérément seule. C’était quelque chose qui avait marqué son physique au moins autant que la maladie et qui l’avait poussée à réfléchir sur les véritables causes de la faiblesse de sa constitution. Est-ce que cette dernière ne se nommait pas claustration ?

Debout dans la verrière, silencieuse comme un bouton de rose, la jeune Comtesse laissait le soleil fondre sur sa peau pâle, trop pâle. Une peau si claire mise encore en valeur par la couleur blonde –très blonde- de ses cheveux mi-longs et lisses. Leur longueur, leur finesse et leur raideur contribuaient en vérité à lui donner un air encore plus fragile et maladif. Affinant son visage clair, qui pourtant n’en avait pas besoin, et sa silhouette déjà trop mince. Oui, trop mince et pourtant encastrée dans un corset qui lui coupait le souffle et la faisait défaillir. Ses yeux mi-clos laissaient filtrer leur lueur verte, un vert intense comme la cime des nombreux arbres qui poussaient dans les jardins à l’Anglaise du Manoir Brokenwings. La Milady était connue pour leur couleur, une couleur qui aurait du lui donner un air glacial mais qui brûlait comme un feu chaleureux dans l’âtre de son cœur. Des yeux si doux, si mélancoliques, des yeux si tristes qui ne demandaient qu’à voir le monde et qui laissaient entrevoir toute la peine du monde. Des yeux amour, des yeux tendresse, des yeux désespoir.

Des yeux qui embellissaient un visage de poupée de porcelaine. Un visage si pâle, si fin, si fragile. Un visage adorable d’enfant, de fillette mais certainement pas d’adulte. Le visage d’une jeune femme enfermée. Un visage que rien n’entache. Un visage à la peau parfaitement blanche et douce. Dépourvue de toute marque quelle qu’elle soit. Un visage fascinant mais troublant. Comme une chose qui n’aurait pas du être. Comme une fleur qui aurait fleuri à la mauvaise saison. Quelque chose de…

Candice était une petite personne. Toute petite personne et sa finesse abusive ne faisait qu’accentuer cette impression. Elle n’atteignait pas le mètre soixante, éternellement figée deux centimètres plus bas. Des bras minces qui se terminaient par des mains papillons aux doigts effilés. De toutes petites mains. Tout semblait tellement petit chez elle. Tout. Même son sourire. Son sourire trop doux, trop calme, trop éthéré. Un sourire vraiment heureux, pas tout à fait triste. Un sourire à la neutralité fatale. Dérangeante. Presque pitoyable. Le sourire de l’oiseau en cage. Le sourire épuré de ces personnes qui ne vivent pas vraiment. Un sourire qui fend le cœur tant il est incompréhensible, tout dénué de sens.

Elle est vaporeuse, la grande comtesse. Tellement que parfois on a simplement envie de la toucher pour s’assurer qu’elle est réelle. Qu’elle n’est pas juste un rêve étrange. Un rêve terrible. Un songe absolument inavouable.

Pourtant on ne la touche pas. Non, parce que ça à l’air interdit. Entièrement. Petite poupée de porcelaine. Il n’y a peut-être bien que son regard qui dément l’idée qu’elle en soit véritablement une.

Beauté céleste, nébuleuse princesse au pays des songes à la beauté inacceptable. Fleur corrompue fleurie hors saison et morte avant le printemps.

Parce qu’on le voit. Parce qu’on le sent. Le manque de passion, l’absence de vie dans ses déplacements tellement gracieux. Sa façon de se mouvoir presque irréelle tant elle est contrôlée. Lente souvent.

Candice. Candice. Candice. Candice ! Quelle est la raison ? La raison de ton toi. La raison, le principe, la cause qui t’as mise en ce monde ? Candice… Candice, ma douce, ma tendre Candice, pourquoi ta voix de mésange ne franchit-elle presque jamais le seuil de tes lèvres ?

Ma douce, ma fleur, quelle est cette solitude inavouable qui suinte par tous les pores de ta peau de lait ? Pourquoi chasse-t-elle toute forme de bonheur ? Candice, comment peux-tu avoir l’air si mélancolique ?

Candice ne répondrait pas. Candice n’avait jamais répondu et ne répondrait jamais. Parce qu’elle était ainsi faite ; cloîtrée dans une verrière, là, sans la moindre raison. Candice était et n’était pas. Elle était ce charme insupportable des fleurs et des arbres, des poupées et des astres. Elle avait quelque chose de splendide, quelque chose de pitoyable, quelque chose d’inexplicable. Impénétrable beauté qui n’aurait jamais du être. Comme un pêché mortel, rongée par la maladie et la solitude.

Candice.

Elle se tenait là. Oui, juste là, immobile, comme un oiseau en cage.


Histoire





Chaperone of the countess


D’une façon ou d’une autre…

Emily demanda doucement au nouveau venu de bien vouloir patienter un instant. La maîtresse des lieux n’était pas au courant de sa venue et l’on ne pouvait pas rencontrer cette dernière sans avoir été préalablement introduit. Ainsi était le grand monde. Bouffé par les conventions sociales. Des conventions qui n’avaient pas le moindre sens pour des gens comme eux. Des gens simples. Des petites gens. Milady avait été élevée dans cette tradition là, et rien ne devait perturber cette habitude, disait le Comte. Ils s’arrêtèrent devant une porte en bois massif qui aurait pu conduire selon toute vraisemblance vers l’extérieur. Ce n’était pourtant pas le cas. Une simple verrière. Une immense verrière.

Emily frappa deux coups secs à la porte avant d’ouvrir cette dernière. Depuis la démission d’Alfred, le précédent chaperon de la comtesse, Monsieur son père avait embauché sur l’avis de ses employés, Tom O’hara, un irlandais qu’il connaissait bien. Le jeune garçon en question semblait finalement parfaitement prêté à ce rôle. Il fallait quelqu’un qui ne serait pas intimidé par la jeune fille, par sa solitude en particulier. Quelqu’un qui n’aurait pas peur de franchir la barrière des classes sociales, de sortir des conventions, pour ouvrir le dialogue avec la poupée de porcelaine de la famille Brokenwings. Alfred les avait quittés pour cette raison. Tout comme l’avait fait la précédente gouvernante ; parce qu’il était devenu pour eux impossible de regarder cette enfant souffrir en silence. Une enfant.

« Milady, Monsieur O’hara est arrivé. Il a été invité par Monsieur votre père »

Candice était là. Simplement là. Comme toutes les autres fois. Juste assise dans le fauteuil Louis Philippe, face à la grande roseraie, comme une poupée sans vie. Ses cheveux parfaitement coiffés descendaient jusqu’à sa nuque et ses épaules. Ses petites mains, croisées sur le vieux livre à la reliure usée qui reposait fermé sur ses genoux. Elle ne lisait plus depuis un petit moment, fixant juste le jardin depuis la partie exposée sud de la verrière. Emily sourit pour elle-même en constant que l’adolescente avait fini par porter la robe que son père lui avait rapportée de Paris. Une belle robe en dentelle et en soie, tout dans les tons rose pâle et blanc cassé.

Finalement la Comtesse tourna lentement ses si beaux yeux vers Emily pour lui indiquer –en silence toujours- que le concerné pouvait entrer. La femme se retira et ouvrit plus largement pour laisser entrer l’irlandais. Elle referma la porte derrière elle. Le plus silencieusement possible. Pourtant la jeune maîtresse n’avait jamais dit qu’elle n’aimait pas le bruit, elle ne s’était jamais emportée pour le son des portes, mais tout le monde s’appliquer à faire régner un silence presque parfait. Un silence presque pesant.

Du coin de l’œil l’enfant observa la chevelure blonde de son nouveau chaperon. Pas particulièrement bien coiffé et, s’il présentait bien, elle remarqua immédiatement qu’il n’avait pas les manières raffinées des rares hommes qu’elle avait pu rencontrer jusque là. Elle posa son livre sur le guéridon en chêne. Juste à côté de la cage d’un oiseau tropical bleu qu’elle caressa à travers les barreaux. Elle se leva tout en grâce et contourna son siège favori pour se mettre face à l’homme.

Elle le contempla en silence. Elle ne le dévisageait pas de manière hautaine comme quelqu’un d’autre de la maisonnée aurait pu le faire. C’était un regard exempt de toute forme de jugement. Elle le regardait simplement parce qu’il était là. Devant elle.

Il fit une courbette maladroite qui traduisait la gêne et le manque d’habitude qu’il avait de ce genre de geste. Son sourire si doux, si neutre, si triste s’inscrivit sur son visage de jeune femme, comme pour l’encourager à poursuivre.

« Je suis Tom O’hara. J’ai été engagé par votre père, enchanté, Mademoiselle »

Elle ne répondit pas immédiatement et tourna les yeux vers l’oiseau qui s’agitait. Un chat marchait le long de la vitre à l’extérieur de la pièce. Elle retourna à son invité. Elle fit une révérence souple avant de reposer son regard mélancolique et triste sur son visage. Silence. Toujours ce silence à peine brisé par les cris de la perruche.

« Candice. C’est une faveur. Appelez-moi Candice. C’est mon nom après tout. »

Retour au silence. L’oiseau se tut, le chat avait disparu. Il ne restait plus que Candice. Candice et Tom. Comme deux mondes que tout oppose.



A cet enfant qui grandit dans mon ventre



Il fait si clair. Si clair que je peux sentir la chaleur du soleil derrière la fenêtre de ma chambre. Le soleil éclaire tout aujourd’hui. Même cette minuscule pièce. Il n’y fait même plus froid. Le mois de Mai arrive à son terme et bientôt le mois de juin va commencer, apportant avec lui plus de couleurs et de chaleur. La résidence principale des Brokenwings est à la campagne et les jardins sont magnifiques.

Je dédie ce carnet à ce bébé qui grandit dans mon ventre. Naît fort et en bonne santé, d’accord ? Tu devras toujours être fort, tu sais petit bébé. C’est la faute à ta maman tu sais ? Tu ne le sais pas, mais tu as la chance de naître dans une aussi belle demeure que celle-ci. On dit que les Brokenwings sont les plus riches à Northallerton. Je veux bien le croire. Tout est si beau ici. Si grand, si vaste. Tu as de la chance, petit bébé. Tu as de la chance parce que tu portes leur sang et leur nom. Mais ce serait, je pense aussi, ta plus grande malédiction.

Maman est désolée. Tellement désolée. Mais tu sais, je ne suis pas triste. Toutes ces choses là sont arrivées parce que je l’ai souhaité. Oui, j’ai appelé l’arrivée d’un enfant de tous mes vœux. Pourtant, comment dire… ? Aujourd’hui, je sens bien que les choses sont différentes, qu’il ne me le sera pas toujours permis de rester avec toi. Ton papa a fait de son mieux tu sais… ? Pour nous protéger. Ne sois pas dur avec lui, petit bébé.

Que tu saches. Je veux que tu saches. Mama s’appelle Marie Bennet. J’ai vingt ans et il y a quelques années, j’ai été employée comme bonne dans la grande famille des Brokenwings. Tu comprends maintenant ? Le problème de cette incomplétude fondamentale ?

C’est cela même, Alexander est le fils unique de cette si grande et si précieuse famille. C’était il y a quatre ans. Quatre toutes petites années. A cette époque j’avais seize ans, j’étais jeune et si l’on en croit les rumeurs : j’étais plutôt jolie. En tout cas, c’est de cette manière peu originale que je l’ai rencontré. Il était le maître, j’étais le serviteur et tout aurait pu si bien se passer si je ne l’avais pas regardé. S’il ne m’avait pas regardé et si nous n’étions pas bêtement tombés amoureux comme les stupides adolescents que nous étions alors.

Insouciance.

Mais tu sais, ton père et moi, petit bébé, nous nous aimions vraiment. Vraiment. Bien sûr, personne ne peut tolérer un union comme le nôtre. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’a jamais eu lieu. Alexander est plus vieux que moi de quatre ans, et comme le veut la tradition, il s’est marié jeune avec une comtesse du Dartmoor. Alice est son nom.

C’est un problème de plus, n’est-ce pas ? Ton père est un homme marié. Les choses auraient pu se terminer de cette façon. Notre histoire aurait pu s’arrêter là, mais pourtant… Ton père a continué à me voir, à m’aimer même après son mariage. Ce n’était pas vraiment un secret, ce n’était pas tolérable, mais c’était là. Je crois que ça a toujours été là.

Et puis il y avait…

La femme de ton père s’est vite montrée incapable de donner la vie, incapable d’avoir un héritier. Alors,… alors elle a lentement été délaissée par la famille. Ton père n’était avec elle que lorsqu’il y avait d’autres gens, et tes grands parents se sont mis à la mépriser. Et puis… je suis tombée enceinte. Enceinte de toi, petit bébé. Ton père a été heureux, si heureux !

Ton grand-père l’a été aussi. Oui, ton grand-père a été heureux de savoir qu’il aurait une descendance et puis surtout, tu sais, Charles n’as jamais été comme les autres de son époque. Il se fichait pas mal des classes sociales, aussi étrange que cela puisse paraître. Il n’était pas contre le fait que tu naisses, bien au contraire. Il était probablement le plus heureux d’entre tous.

Pour ta grand-mère, Emily, il a fallu plus de temps, mais elle a fini par l’accepter, et désormais ils ont décidé de m’accueillir comme un membre de la famille. Je vais quitter la chambre de bonne depuis laquelle je t’écris, mon bébé. Pourtant je ne deviendrai jamais la femme d’Alexander. Tu vivras des moments très difficiles, tu sais ? Et je ne serais pas à tes côtés pour t’épauler. Mais tu seras fort petit bébé. Tu seras très fort, je n’en doute pas.

Petit bébé, tu es la plus belle chose qui puisse m’arriver tu sais ? La pire aussi sans doute. Mais je ne regrette pas. Ni ça, ni rien d’autre. Tu seras heureux tu sais ? je pense, j’espère, je prie pour cela chaque jour qui passe. Je t’aime, je t’aime. Oui, je t’aime tellement.

Après tout, et avant toute chose à la vérité, tu es mon enfant. Mon unique enfant. Ma plus belle bénédiction.



Extrait du journal intime de Marie Bennet.


A nos jours heureux


« Candice ? Candice viens »

La petite fille gazouilla gaiement et se leva maladroitement. Du haut de ses quatorze mois, la future grande comtesse faisait difficilement ses premiers pas en direction de son père. Le Comte s’était accroupi au centre du grand salon où sa fille unique s’était assise quelques instant plutôt pour jouer près de sa mère. Marie était assise sur un fauteuil confortable entièrement orienté vers la charmante scène qu’admirait avec beaucoup de tendresse Charles, le bien aimé père du Comte. Candice portait son prénom comme personne ne l’aurait pu.

Parce que tu es faite d’innocence ma fille. La plus douce et la plus belle des candeurs.

Elle avait l’air pourtant si parfaite, cette famille que présentait ce faux tableau. Si beau, mais à la fois si faux. Il ne serait jamais peint, d’ailleurs. Parce que dans cette même pièce il se tenait une femme que son rang forçait à se tenir là et que la rancœur dévorait peu à peu. Ou peut-être que cette amertume hideuse avait toujours gangrené son être ? Comtesse du Dartmoor, Alice de son nom, assassinait du regard tant cette femme qui lui avait volé sa place dans le cœur de ses beaux-parents, que la fillette qu’elle ne pouvait pas avoir et qui lui faisait de l’ombre.

Jalouse d’une enfant d’un an à peine.

Alice n’avait effectivement jamais caché d’où venait son intérêt pour son époux. L’argent qu’il possédait et qui pouvait tout acheter. Tout. Car non, il n’existait rien que l’on puisse refuser aux Brokenwings. Absolument rien. Et puis une alliance avec la couronne faisait miroiter sur son âme sombre des rêves auxquels il n’eût jamais fallu donner ni de nom, ni de visage. Oui, Alice maudissait cette femme et exécrait cette enfant plus qu’elle ne méprisa jamais personne d’autre.

Candice trébucha et fut retenue in extremis par Alexander qui tendit les bras pour la soulever au-dessus de son visage rayonnant. Il n’aurait pas dû. Certainement pas, et il en avait conscience. L’existence même de cette enfant ne pourrait jamais être révélée. Personne ne devrait jamais savoir qui en était la mère tout du moins. Quelle vie horrible les attendait ? Il le savait bien, il le savait si bien que son cœur se séparait en amour de sa perle, son plus beau joyau et tout déclina en un dégoût. Dégoût de lui-même. Dégoût de sa propre personne lorsqu’il se rendait compte qu’il serait prêt à tout sacrifier jusqu’à Marie pour la survie de sa petite fille.

Petit oiseau qui grandirait protégé de tout dans ses bras adorateurs qui l’élevaient déjà au rang de divinité terrestre. Candice était née ainsi, partagée entre la honte et l’admiration sans foi ni lois d’un père presque fou d’aimer autant.

Candice. Candice.

Comme l’innocence flottant dans l’air et dans leur cœur.

Candice. Candice. Colombe de liberté, mésange de clarté, hirondelle de cristal et d’or toute sertie de soie.

Candice ! Candice ! Candice !

Oiseau de mauvais augure, enfant d’aventure.

Illégitime princesse. Corbeau pâle qui attise et entretient les feux les plus dangereux. Candice, chanson soliste d’une seule et unique triste nuit. Candice enfant amour, enfant tendresse, enfant bonheur, enfant du malheur, enfant de la honte.

Cœur lacéré par la jalousie des uns et l’amour terrible des autres. Brûlée par fanatisme, idole incendiée au nom de l’amour et de la violence. Guerre et paix. Sirène de tendresse interdite, fleur corrompue.

Rose parmi les roses.

Candice, ma tendre Candice, sais-tu ?

Les roses éclosent avec gloire, les roses se fanent en beauté.

Tu es le délice de mes yeux, l’amour de mon cœur, mon ode et mon requiem !
Une fleur délicate qui fleurit seule dans son champ, n’entendant que les murmures du vent. Née pour vivre dans la passion, enfermée dans une cage à oiseau. Candice… Candice… Candice ! Tu es ma complainte !

Et tu brûleras dans la passion que tu déclencheras. Jamais de mesure songe idolâtre sinon malveillance ignoble que tu déclenches sur ton passage.

Ma rose, ma tendre rose fanée avant l’heure…


Comme une sœur, elle ressemblait à sa poupée


L’enfant ne bougeait pas.

Depuis des années qu’elle exerçait le métier, Adélaïde, nouvelle gouvernante de la demeure secondaire des Brokenwings, n’avait jamais vu pareil mutisme chez une si petite fille. Candice, dont elle aurait désormais la charge allait bientôt fêter ses six ans. Dehors, dans le tout Londres, on racontait qu’elle était née d’une liaison avec le Comte Brokenwings et une jeune comtesse qui était morte en lui donnant la vie. Londres aimait jaser sur ce genre de sujet. Les gens adoraient ça. Adélaïde, en revanche était sceptique. En quelques heures, depuis qu’elle avait pris son poste, elle venait d’apprendre la cruelle vérité de la présence en ces lieux de la jeune enfant. Bâtarde du Comte et d’une bonne de la famille, elle était également la seule et unique héritière au titre de Comtesse. La femme du Comte n’acceptant pas la chose avait tenté d’assassiner la fillette en l’empoisonnant.

Le Comte, comprenant que le seul moyen pour lui de préserver sa chère et adorée fille, était de se débarrasser de toute preuve de sa non-noblesse, et avait fait exiler son amante qui était repartie en France avec la promesse de ne jamais parler de la naissance de cette enfant et avait fini par faire taire son épouse. Afin de ne pas risquer une nouvelle fois de perdre la précieuse héritière, après l’avoir arrachée à sa mère en pleine nuit, l’homme l’avait envoyée vivre à Londres dans la splendide demeure secondaire de la famille. Elle n’aurait plus jamais le droit de quitter cette dernière. De toutes les manières, sa constitution était bien trop fragile pour lui permettre un style de vie trop intense. Candice Brokenwings grandirait seule dans une demeure vide, sinon hantée de quelques vingt-trois domestiques qui n’avaient pas le rang nécessaire pour lui adresser la parole. Adélaïde en tant que nourrice serait la seule personne de parole dans la maison.

Comme la femme avait mal pour la fillette. Comme elle souffrait pour cette pauvre enfant immobile et silencieuse. Il y avait quelque chose dans son être, quelque chose dans son tout, quelque chose qui était gênant, perturbant. Comme la sensation d’une chose qui n’aurait pas dû être. C’était sans doute la vérité. Le Comte était parti depuis plusieurs heures et avait annoncé qu’il ne reviendrait pas avant la fin du mois. Après qu’il ait franchi le pas de la porte, la petite fille s’était entièrement renfermée. Pire encore, elle n’était même pas encore âgée de six ans que déjà elle dégageait un genre de magnétisme terrifiant qui imposait un genre de respect magnifique et une distance importante. Plus que du silence, ce qu'il y avait entre les deux personnes c’était un mur, un gouffre infranchissable. Elles n’étaient pas du même monde et Candice n’avait pas la moindre intention de se laisser approcher. Pas parce qu’elle était hautaine, pas parce qu’elle se sentait supérieure, mais parce qu’elle n’avait rien. Candice était vie, triste et parfaitement déchirée de corps comme de cœur, et il n’y avait rien qui puisse réparer le mal dont elle mourrait secrètement et silencieusement.

Exactement comme les oiseaux de la volière située au bout de la serre, Candice n’était pas vraiment libre. Ceci dit, ce ne fut pas cette comparaison qui choqua le plus Adélaïde. Elle était habituée à fréquenter des jeunes aristocrates. Pourtant… Pourtant, il y avait chez Candice autre chose que de la claustration. L’absence radicale de quelque chose de pourtant essentiel. Elle l’avait remarqué ce jour-là, et puis d’innombrables autres fois par la suite. Ce qui n’allait pas. Ce qui faisait si froid dans le dos.

Elle s’était fait la remarque tout à fait par hasard mais cette comparaison à glacer le sang l’avait dérangée tout son service durant et ce pendant les douze années qu’elle avait passées au service et à l’éducation de la demoiselle.

La poupée était posée sur le guéridon en verre de la verrière. Face à la Comtesse. Les mêmes cheveux, si longs, si beaux, si fades. La même robe de soie rouge. La même peau de porcelaine. Les même yeux verts et surtout, surtout le même visage à la perfection irréelle, immatérielle, intolérable.

Comme des sœurs. Candice Brokenwings. Comme une sœur tête coupée, elle ressemblait à sa poupée et pire encore : le jouet semblait plus vivant qu’elle ne l’était.

Laquelle des deux était humaine ? L’une des deux l’était-elle ? Qu’y avait-il de vivant dans cette pitoyable et admirable enfant ? Cette enfant d’amour, cette enfant impure. Ange de honte et de marbre. Comme une petite déesse aux yeux de jade.

En dépit de la douleur et de la tristesse qui ne cesseraient jamais de rayonner avec puissance de l’être tout entier de sa maîtresse, Adélaïde tiendrait bon. Probablement qu’elle n’avait jamais douté une seule seconde qu’elle pourrait accepter de taire l’intolérable et de cacher à une enfant la vérité sur la disparition de sa mère. Une enfant si douée, si gentille, si intelligente, si triste et tellement détruite. Brûlée vive de dedans, sacrifiée pour l’honneur.

Candice n’apprendrait jamais la vérité concernant sa mère de la bouche de sa nourrice, sa tendre nourrice pour laquelle elle nourrit très vite une affection sans bornes qui serait trahie par la démission de celle-ci. Une nourrice qui l’aimant autant qu’elle la craignait. Car oui, Adélaïde avait peur. Peur que sa pupille ne l’entraîne dans ses ténèbres lumineuses dont elle ne pouvait sonder la profondeur. Maelström sans fin et sans sortie. Folie terrible qui la rongeait toute sa vie durant.

Candice était seule. Candice n’était qu’une poupée dont on prenait soin.

Juste une poupée.


La rosée du matin


Il y avait des matins très doux sur les terres presque sacrées, si peu elles étaient foulées, de la maison Brokenwings. C’était l’un de ces matins là que Candice l’avait rencontré. Elle l’avait vu pour la première fois d’une façon tellement informelle qui semblait évident que ni l’un, ni l’autre n’auraient du jamais avoir la moindre connaissance de l’autre. Pas dans des circonstances pareilles. La seule chose dont plus tard elle pourrait être fière c’est qu’elle s’était montrée à lui sous son plus beau jour. Loin de la malade et alors ils avaient pu… Elle s’était sentie si bien ce matin là qu’elle était sortie de son lit aux aurores pour courir dans les appartements de son père qui lui accordait une semaine de son temps. Candice avait rarement la force de courir autant. Très rarement même et le Comte, son père, avait été tellement enthousiasmé par sa santé qu’il s’était levé et qu’il l’avait –pour la première fois- faite monter à cheval. Le cheval était gris, c’était celui que préférait le Comte, et il avait été tellement heureux de poser enfin sa petite fille adorée dessus qu’il en avait rit. Ca avait été très rapide et il s’était très vite repris avant de la faire redescendre au sol pour la faire rentrer à la maison avant que le soleil n’atteigne véritablement sa peau si blanche.

Ils avaient déjeuné ensemble, puis il lui avait demandé de vaquer à ses occupations parce qu’il avait des choses à faire. Des choses d’adulte. Comme toujours. La vérité n’était pas qu’il revenait à Londres seulement pour prendre des nouvelles de son unique fille, mais aussi pour régler des affaires dont il n’avait pas envie de parler avec son épouse. Le faste et la beauté de la « maison des fleurs » étaient absolument parfaits pour ce genre de réceptions. Candice, elle, n’assistait absolument pas à ce genre de manifestations et elle n’avait pas la connaissance de leur existence puisqu’elle vivait dans l’aile ouest du manoir uniquement et n’avait pas l’utilité de se rendre nulle-part ailleurs dans la demeure. Ce jour là n’était pas bien différent. La seule chose qui avait changé c’était quand Adélaïde avait fait entrer les invités jusqu’au cœur du manoir les faisant attendre dans la verrière juste derrière la volière. Pas loin de la bibliothèque et, donc, le lieu de prédilection de la petite princesse qui vivait en ces lieux. Petite fleur qui n’aurait jamais du quitter sa chambre. Candice aurait bientôt huit ans et bien qu’étant une enfant très intelligente, elle ne trouvait rien de passionnant nulle-part dans cette maison. Cette dernière l’effrayait. Elle s’y sentait écrasée, oppressée et préférait la fuite vers la cage de verre où elle pouvait au moins contempler les jardins.

Il y avait ce garçon. Il a ouvert un mur. Un mur dans son cœur. Candice, Candice… Il avait les yeux les plus bleus qu’il fut jamais donné de voir à quiconque. Des yeux qui avaient déchiré son cœur. Des joyaux arrachés à la couronne de la Reine. Des diamants bleus, des fleurs ouvertes éternellement. Un pan d’éternité. Un bleu qui ne venait ni parfaitement du ciel, ni de la mer. Comme jamais elle n’en avait vu. Des yeux qui l’avaient ébranlée, lui avait fait ouvrir très grand ses pupilles vertes. Verts comme la cime des arbres, comme l’herbe humide, comme une émeraude à la lumière. Elle avait été saisie si fort qu’elle n’avait été capable de bouger. Elle n’était pas persuadée que lui, il l’avait vue. Tout était teinté de couleurs pour la première fois lorsqu’il avait tourné ses yeux vers la porte de la serre. Jamais elle n’avait vu d’autres enfants et de petit garçon à plus forte raison. Il n’était pas le seul dans la pièce, cela dit, la fille ne s’en aperçu pas immédiatement. Pour la première fois de sa vie, elle désirait quelque chose. Egoïstement : que l’autre enfant pose ses prunelles ensorcelantes sur elle. Elle désirait sonder ces dernières en profondeur.

Julius Alexiel Rosenbach n’aurait pas du se trouver dans cette maison ce jour là. C’était à Liverpool qu’il aurait dû être. Pourtant il posa ses yeux dans ceux de la petite comtesse qui s’y noya un moment. L’enfant qu’elle était alors n’était pas moins timide que la jeune femme qu’elle deviendrait et, parfaitement désemparée par la situation : elle fut incapable de dire le moindre mot. La moindre politesse. Julius, lui devait avoir dix ans à l’époque. Guère plus. Candice se souvenait parfaitement et avec honte de la façon dont elle avait caché son visage dans les jupons de la gouvernante. Impressionnée, écrasée par la peur de l’inconnu, dévorée par la curiosité. Poussée par Adélaïde qui lui rappelait les règles élémentaires de la bienséance.

« Le père de Monsieur Julius, que voilà est un vieil ami de Monsieur le Comte. Mademoiselle, ne vous ai-jamais rien dit au sujet des convenances ? » Adélaïde avait pris son air sévère alors, doucement elle s’était inclinée. Très doucement. Pour se présenter comme étant la fille du Comte du Yorkshire. Enchantée.

Même si elle tenait parfaitement sur ses jambes et qu’elle souriait avec douceur –fausse douceur- il était remarquable pour n’importe qui que l’enfant n’était pas en bonne santé. Elle avait cet air si chétif et cette peau à la blancheur inquiétante pour rappeler éternellement qu’elle n’était pas totalement apte à vivre. Il y avait toujours eu quelque chose de marquant dans la fragilité apparente de l’enfant Candice. Toujours. Finalement, la présence incongrue de la petite fille permit aux adultes de parler librement. Poussé à jouer l’un avec l’autre si cela pouvait les occuper.

Prendre un livre et le lire dans le jardin à l’ombre du cerisier au centre de la roseraie juste derrière la chapelle qui s’élevait dans le domaine. En face de la serre sous le regard des adultes. C’était de cette manière que Candice avait appris. D’abord que Julius adorait les cerises, et ensuite que les livres étaient des amis fidèles qui ne trahissaient jamais. Qui enrichissaient l’esprit. Le premier qu’elle lut en sa compagnie était un recueil de comte des frères Grimm. Dix ans plus tard il serait toujours pour elle plus précieux que n’importe quel autre. Julius lui avait appris à aimer les livres et à aimer Dieu. Elle l’avait détesté plus que n’importe qui d’autre. Parce qu’il détournait d’elle l’attention de Julius. Et puis elle avait appris à le regarder comme un membre à part entière de l’équation. Pour être parfaitement honnête, elle ne savait pas exactement ce qui avait poussé Julius à revenir, mais il l’avait fait. Mois après moi et toujours sous le regard attentif des deux hommes qui régissaient leur vie, il revenait.

Julius était et avait toujours été la rosée du matin sur les pétales de rose qu’était Candice. Un peu d’élixir de longue vie pour préserver son cœur de la mort, pour embaumer son âme. Un éternel printemps pour un petit bourgeon. Une pluie tendre pour la gorger d’une vie en laquelle elle ne croyait plus. Un chant de rossignol au milieu de l’hiver. Un peu de lumière dans une serre. Parce que Julius avait toujours été un garçon doux, tendre. Quelque chose de précieux qui s’était inscrit dans ses prunelles à jamais et pour toujours. Quelque soit le maléfice. Ensorcelée. Elle avait été ensorcelée ce jour là. Il était une partie de son cœur, un morceau de son âme. Tendre, tendre. Et alors ?

Alors, pluie d’été.


L'oiseau dans sa cage


Colère.

Tout n’était que colère.

Candice poussa un cri presque animal tant sa fureur était grande. Il n’existait pas de mot pour décrire toute l’horreur de la scène tant la violence l’envahissait. Une violence qui était d’autant plus spectaculaire qu’elle tranchait avec l’habituel mutisme de la Comtesse. Son tout petit corps déchiré par la rage tremblait sous l’effort que lui demandait l’émotion.

Tout briser dans cette pièce. Tout détruire de l’endroit, comme l’étaient sa vie, son corps, son espoir et son esprit tout entier. Dépouille vivante mais battue par les vents, bousillée par les hommes qui dans leur folie frappaient au hasard.

Dévorée par une démence subite sans nom et sans raison. Pas la moindre origine à ce vent de fureur qui emportait tout dans le linceul de la frénésie et du délire le plus cruel et véhément. Folie de femme. Désespoir d’une enfant déchirée entre deux eaux.

Douleur.

Annie, l’une des vingt-trois domestiques de la maison, avait murmuré à son homologue –cependant qu’elle arrosait les plantes en pots de la verrière- qu’elle allait profiter de son jour de congé pour fuir cette atroce prison et voir son fiancé.

La jeune lady était entrée à cet instant et n’avait pas dit le moindre mot. Comme à son habitude. Pas le moindre geste. Ses yeux de merveilles s’étaient légèrement écarquillés, sa respiration s’était peut-être légèrement accélérée mais rien n’avait changé par rapport à son comportement habituel. Les deux domestiques avaient rapidement terminé leur travail dans le silence le plus grand avant de s’éclipser avec une flopée d’excuses. La Comtesse s’était simplement assise dans son fauteuil favori, les yeux rivés sur la roseraie qu’elle pouvait admirer depuis sa place. Elle avait posé son livre sur le guéridon à côté de la cage de sa perruche bleue. Celle qu’elle préférait.

Lentement son corps si petit, si fragile, s'était mit à trembler. Et puis....Et puis elle avait saisit le pot de fleur posé devant elle, se levant brusquement pour le jeter avec rage sur le sol quelques deux mètres plus loin. Il s'y brisa avec un bruit infernal.

C'était de cette même rage qu'elle se jeta sur le guéridon de verre pour balayer de ses fins avant bras tout ce qui s'y trouvait. Le livre, la photo de son père...tout alla se fracasser sur le sol. Tout. Jusqu'à la cage de l'oiseau qui, dans un piaillement horrible, parvint -blessé- à quitter sa place, voletant étrangement dans la verrière. Cette vision de l'oiseau hors de sa cellule vint à bout de ce qui lui restait de santé mentale.

Folie.

Un cri s’échappa de sa bouche au comble de l’aliénation. Elle renversa la table elle-même. L’un des pieds du guéridon se brisa et une écharde entailla dans sa fuite la peau si belle de la Comtesse.

Douleur.

Cette même affliction qui la déchirait de l’intérieur. Elle saisit son fauteuil pour le projeter de toutes ses maigres forces contre une des parois de la verrière. Le vitrail résista. Colère. Sa propre cage ne s’ouvrirait pas. Rugissant de toute sa rage, elle saccagea avec une application brouillonne toute la pièce. Fracassant les pots de fleurs contre le sol et les miroirs, renversant les meubles. Tout. Semblable à une tempête, elle ravageait tout ce qui était à sa portée de main.

Alerté par le brui terrible qui résonnait dans le manoir silencieux, tout le personnel de la maison avait accouru vers le lieu du drame. Catastrophe, tragédie, cataclysme.

Adélaïde poussa un cri de désespoir. Il n’y avait pas de…non. Non. Plus que de la colère, ce qu’elle voyait, ce qu’elle lisait sur le visage ravagé de larmes de sa pupille était un immonde mélange entre tristesse et dégoût. Le désespoir le plus profond.

L’oiseau tomba. Mort.

« Oh seigneur, Mademoiselle la Comtesse que diable avez-vous fait… »

Ivre de fatigue et de douleur, l’adolescente s’était arrêtée de bouger. Au centre de son joyeux massacre, elle respirait avec difficulté. Elle se laissa tomber à genoux.

Prisonnière.

Candice était l’oiseau dans la cage. Le rossignol privé de voix et de liberté. Elle qui aurait pu être une si grande dame. Elle qui était née dans les flammes de la passion, n’était guère plus rien qu’un peu de braise crépitant faiblement dans l’âtre de son cœur.

Ignoble affliction.

Les larmes envahirent le visage de la demoiselle et inondèrent en même temps celui de la vieille femme.

« Il suffit. S’en est trop. Trop. J’abandonne. Je m’en vais demain, Votre grandeur »

La vieille femme se tourna.

« CANDICE ! Mon nom est Candice ! » Hurla-t-elle au comble du désespoir. Oiseau en cage.


Noble déchéance


Pas un bruit.

Cela devait bien faire plusieurs jours que la jeune femme n’avait pas prononcé le moindre mot. Les premiers qu’elle avait esquissés avaient été à l’attention de Tom. Elle inscrivit son visage dans son esprit. Ne pas oublier. Candice n’oubliait jamais rien. Comment aurait-elle pu alors qu’elle n’avait rien d’autre à faire que se souvenir pour occuper ses journées trop vides, trop sombres. Elle souffrait. Elle souffrait en silence encore et encore.

Trop différente et sûrement trop seule. Un frisson parcourut son corps d’enfant, son corps de poupée. Un instant le visage d’Adélaïde s’imposa à elle et la demoiselle dut réprimer un élan de rage.

Le soleil réchauffa sa peau à travers le verre de sa cage dorée. La Comtesse clôt un moment ses prunelles vertes comme les arbres qu’elle ne pouvait voir que de loin. Elle s’était attendue à ce qu’Emily revienne prendre de ses nouvelles, mais cette dernière ne fit pas la moindre apparition. Candice n’aimait pas Emily. Elle détestait particulièrement le regard rempli de pitié qu’elle posait sur elle. Candice ne souhaitait pas qu’on aie pitié d’elle. Elle ne pensait pas avoir à être réduite à ce type de relation. Elle ne voulait pas. Elle n’aimait pas cette sensation de n’être pas réellement vivante dans les prunelles de cette femme qui ne pouvait s’empêcher de laisser filtrer entre ses mots ce qu’elle pensait de l’oisiveté dans laquelle la Comtesse passait ses journées.

Abandon.

Elle regarda Tom O’hara traverser les jardins par la roseraie et elle sentit son cœur se serrer d’une nouvelle tristesse. Candice s’était elle-même abandonnée depuis longtemps. Elle n’avait plus foi ni en elle ni en rien d’autre. Elle était comme un oiseau dans sa cage à la merci de ceux qui s’occupaient d’elle puis que la société avait décidé qu’elle ne serait jamais capable de vivre par elle-même.

« Combien de temps Monsieur O’hara ? Combien de temps avant que vous ne m’abandonnez vous aussi… ? » Dit-elle pour elle-même.

Elle ne le formula pas à voix haute, mais du haut de ses dix-huit ans, Candice Brokenwings, Comtesse du Yorkshire, était effrayée par la solitude qui se creusait alentour de plus en plus.

Déchéance de la princesse qu’elle était. Seule et douloureuse fleur corrompue. Poupée sans vie à peine doté d’une âme trop torturée.

Sa petite main se posa sur le verre à l’endroit où elle avait aperçu son chaperon.

Comment se nommait l’orpheline de cristal qui s’échappa du gouffre de son âme… ?

Si je pouvais Candice ! Candice, Candice… Candice ! Si je pouvais !

J’aurais voulu t’endormir à jamais pour que tu ne dises plus jamais la vérité, t’immoler entièrement pour rallumer le feu  d’espoir qui s’était éteint dans tes yeux, détruire ces médecins menteurs qui annihilaient peu à peu ta vie toute entière. J’aurai voulu poser ma main sur tes yeux pour te protéger de toutes les horreurs de la vie et de la mort. Candice… ma tendre, ma douce.

Je te porte dans moi comme oiseau blessé. Ma tendre Candice, mon bel ange, ma déchirure… Je suis l’étoile Candice. L’étoile qui t’as vu naître et qui te regarde faner trop vite. Et chaque jour, je vois un peu plus ta décadence, ta si belle déchéance et je te vois sombrer avec une si noble et si triste beauté.

Tu es l’unique amour de mon éternité, Candice.

Ma plus grande peine.




Derrière le masque





Enfaite, c'est quoi ton p'tit surnom ? Anyah

Je vois et tu as quel âge ? 18 ans

Okay et c'est quoi ton niveau en RP ? 7/10

Tu aurais pas un double compte, toi ? Non

Sinon, tu fais quoi dans ta vie ? Je suis au lycée Smile

Tu as trouvé le code du règlement ? Validée ma puce !

Mais au faite, comment es-tu atterries là ? Via Google !

Tu es en bon terme avec Bob l'Eponge ? Bien sûr que oui !

D'ailleurs, t'en pense quoi du forum ? Classe *^*

Tes derniers mots mon chou ? Snake forever !


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Message Sujet: Re: She was here, motionless like a caged bird Ven 3 Jan 2014 - 18:07


Alors Milandy, voyons voir cette fiche~♪

Juste magnifique. L'écriture est vraiment belle (Certainement une de mes préférées), qui utilise un vocabulaire recherché sans que cela ne rende la lecture pesante. Bien au contraire. On se laisse juste emporter par la poésie du texte.

Pour ce qui est de l'histoire en lui-même je n'ai rien à redire. Le personnage est touchant et son sort peut donner à d’intéressantes idées. Juste par curiosité, de quelle maladie souffre t-elle qui l'empêche de sortir?

Sinon c'est avec un grand plaisir que je vous valide cher lady!

Fiche validée ~♪



Bon RP parmi nous jeune comtesse~♪


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She was here, motionless like a caged bird

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