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Ashes to ashes [Grell Sutcliff]

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Joah Andersen
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Message Sujet: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Jeu 3 Aoû 2017 - 20:06

/!\ Ce post comporte une brève description d'un homme mort. je vous préviens par précaution, mais ce n'est pas grand chose. '-'


Ashes to ashes
ft. Grell Sutcliff

Une touche écarlate vînt enflammer la tenture, ne faisant que plus ressortir les yeux pâles de l’homme qui se tenait devant. Son air grave et serein semblait sorti d’un autre temps, le visage entre deux âges de l’aristocrate empreint d’un calme que rien ne semblait perturber. C’était quelque chose d’assez rare pour permettre à la jeune danoise de l’apprécier. Cette tenue, cette gravité dans le regard, était quelque chose qui l’avait immédiatement séduite chez ce modèle. L’homme ne parlait pas ; aucun besoin, pour lui, de tenir une conversation stérile avec la jeune artiste qu’il employait. Ce silence relevait indéniablement d’un certain dédain ; était-ce en raison de son métier, ou de son sexe ? Peut-être un peu des deux, après tout. Dans tous les cas, jamais l’aristocrate n’avait formulé d’opinion quand à cela, et ce silence, Joah l’appréciait, quelles qu’en soient les raisons. Elle se fichait pas mal de son opinion sur elle, après tout. L’artiste était venue ici pour peindre ; pas nouer une amitié.

Un peu d’orange s’ajouta, par petites touches, faisant miroiter les pans du tissu. Un mince sourire, rare lorsqu’elle travaillait ainsi, était venu étirer les lèvres de la jeune femme. L’après-midi était idéale ; une certaine fraicheur venait des larges fenêtres restées ouvertes, rien à l’extérieur ne venant troubler la quiétude. Isolé en campagne, le petit manoir de son client était bordé d’arbres, et entouré par un large jardin parfaitement entretenu. C’était un cadre dans lequel elle se plaisait à travailler. Loin de la ville et du bruit incessant.

Perdue dans sa toile, seule une sourde douleur à la main droite parvenait à la faire sortir de sa transe, lorsqu’elle l’utilisait pour relever un peu sa palette. Le bandage pansant la plaie était serré, mais les bleus prenaient du temps à guérir. Souvenir de cette soirée, dans cette ruelle, et de cette lettre accablante. Non. Elle ne devait pas y penser.

Plus Joah avançait dans sa nouvelle vie à Londres, et plus il lui semblait être rattrapée par le passé. Cela avait commencé avec cette lettre ; désormais, elle réussissait à discerner beaucoup trop de figures familières dans des visages pourtant inconnus. La dernière nuit, passant devant l’unique miroir de son atelier, il lui semblait que son cœur allait cesser de battre. Ayant alors attachés ses cheveux, et avec cette chemise masculine, elle était la copie parfaite de son frère. Elle avait fixé ses propres yeux gris pendant de longues minutes. Le regard hagard, et étrangement accusateur.


Une quinte de toux la sortie une fois de plus de sa transe. Joah fronça légèrement les sourcils, contrariée, ne levant pas les yeux de sa toile et continuant son labeur. Une seconde, plus virulente. Elle entendit l’homme se lever, et s’apprêta à lui demander d’un ton agacé s’il souhaitait faire une pause. Finissant par se détacher de son travail, ses yeux s’écarquillèrent alors qu’elle remarquait l’expression souffrante de l’aristocrate. Ses traits d’ordinaire impassibles étaient crispés dans une pure agonie. Jamais Joah n’avait vu de personnes mourir. Un instant, elle se figea. Cette douleur omniprésente dans son attitude…  c’en était presque fascinant.

Sortant presque aussitôt de sa transe, la jeune femme remarqua un détail ; il se tenait l’épaule. Elle était suffisamment informée pour reconnaitre ce signe, associé à ses paroles incohérentes. Se précipitant vers lui, faisant tomber la palette qui tacha le sol de sa peinture encore fraiche, Joah se figea presque aussitôt en le voyant agripper un meuble, tirant le napperont posé dessus… et faisant ainsi tomber à terre le lourd vase de cristal qui reflétait la lumière. Dans un bruit odieux, le précieux matériau se brisa, et le cœur de la jeune femme rata un battement.


Personne ne vînt. L’aile du manoir était reculée, et à cette heure, aucun domestique n’osait venir déranger leur maitre et l’artiste. Joah resta immobile, les lèvres entrouvertes dans un cri qui se refusait à sortir, les yeux écarquillés. Devant elle, l’eau du vase glissait sur le parquet, une couleur rougeâtre la gagnant peu à peu. Des éclats de cristal étaient éparpillés autour de cette scène morbide, le corps de l’homme ne bougeant désormais plus. Le verre enfoncé dans son corps lors de la chute anéantissait toute chance pour lui de respirer à nouveau.

Il était mort.

« Åh gud. »

Pourquoi ces souvenirs refaisaient-ils surface ?

« Oh mon dieu. »

Elle, plus jeune. Des cris. Des pleurs. Un corps inerte.
Le seul homme qui ait jamais compté.

« Mr Greywood… »

Elle s’approche. Se penche. Son bandage est vite souillé. Elle tente de le secouer.
Rien n’y fait.

L’expression de Joah reste figée. Semblable à celle du mort.

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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Lun 7 Aoû 2017 - 11:56

Il frappa de la pointe du pied dans un petit caillou qui rebondit encore et encore. Puis il recommença son manège, maltraitant ce pauvre caillou qui décida brusquement d’aller voir sur un autre chemin si l’herbe était plus verte. Poussant un petit soupir de frustration il leva les yeux sur l’horizon. Cela faisait un long moment qu’il marchait à la recherche de son prochain client, dont il avait oublié le nom et l’adresse précise.

« Fichu calepin… »

Il poussa un nouveau soupir en pensant que décidément, on ne se rendait compte de la valeur des choses qu’une fois qu’elles avaient disparue. Après le fiasco de la cafétéria, il avait été envoyé en mission, seul (la dernière fois qu’il avait vu son apprenti, il s’était brouillé avec et depuis il n’avait pas pris la peine de le recontacter), sans son calepin et ne parlons pas de sa faux. Sous sa chemise un large hématome s’étalait, résultat de sa dernière altercation.  Vous l’avez compris, il n’était pas au meilleurs de sa forme, et en conséquence son humeur s’en ressentait.

C’était une mission classique, une mort banale et peu dangereuse. Il ne s’inquiétait donc pas plus que cela de la tournure des événements. Avec un peu de chance il terminerait assez tôt et il aurait une heure ou deux pour pouvoir souffler tranquillement loin de toutes ces petites choses qui étaient en train de lui pourrir la mort.

Il fit un effort de mémoire, ce n’était pas professionnel que d’arriver chez quelqu’un sans en connaître le nom. Surtout lorsque l’on était la dernière personne vivante que l’autre verrait.  Impossible. Sa mémoire était bien trop encombrée. La preuve étant que cela faisait des semaines qu’il n’avait pas rêvassé de son ténébreux démon se battant avec son supérieur glacial pour son amour. S’il n’arrivait plus à penser à ses amours, c’est que la fin du monde était proche.

Une moue contrariée sur les lèvres il s’approcha enfin du manoir. Avant de quitter la dispatch, il avait dû retenir les informations de sa mission qui étaient inscrites sur le grand tableau blanc (ce tableau où tout le monde pouvait voir si vous aviez un travail de qualité où juste les restes, le truc que personne ne veut faire). Puis il avait cherché sur une carte la localisation exacte de l’endroit où il devait se rendre. Il s’approcha, escomptant sur la boite aux lettres pour lui donner la précieuse information…

Il s’arrêta un moment dans le jardin, après tout il était en retard et l’autre devait être mort depuis un moment maintenant. Et si la mort déteste attendre, il était l’un des rares qui se permettait cet affront. Elle et lui c’était une grande histoire. Ce fut donc quarante-sept minutes et trente secondes après la mort qu’il franchit la fenêtre, une rose rouge à la main en une pirouette digne du lac des cygnes.
Une entrée formidable.

Si ce n’est que la fenêtre était fermée et qu’elle fut donc brisée en un millions de petits éclats qui allèrent rejoindre ceux déjà présents sur le sol. Pour la discrétion on repassera. Sitôt la roulade terminée, ce fut un tourbillon rouge qui se redressa, rajustant sa coiffure et sa veste en commençant son petit discours.

« Blablablabala…Sir je ne sais qui puisque vous n’êtes pas fichu de mettre votre nom sur votre boite aux lettres vous avez l’infime que dis-je le sublime honneur d’être mort et…. »

Tout en parlant, il sautillait dans la pièce, observant le reflet de la lumière dans les éclats de verre, le sang qui n’avait pas tellement coulé (quel dommage que sa death scynthe ne soit pas là), les tentures et le luxe exagéré de la pièce. La suite se perdit dans un bâillement alors qu’il remarqua enfin deux choses.

La première ce fut une grande toile, très grande sur laquelle était représenté un portrait.

La deuxième…il n’était pas seul dans la pièce.

Son bâillement fut coupé net et sa mâchoire protesta vigoureusement alors que ses yeux se posaient sur les trois acteurs de la pièce. Une femme, un tableau et un cadavre. Il y aurait de quoi écrire un huis-clos pour le moins intéressant.

Penchant la tête sur le côté, il s’approcha de l’humaine. Enfin..il supposait qu’elle l’était. Habituellement, les shinigamis ne devaient pas être vu des humains lorsqu’ils étaient en mission. Mais il n’avait jamais fait dans l’habituel et ce n’est pas aujourd’hui qu’il commencera.
Remarquant l’apathie de la demoiselle, il haussa un sourcil moqueur avant de secouer la main devant ses yeux.

« Je me suis peut-être trompé finalement….c’est vous le mort ? »

Ou alors c’était l’assassin. Mais dans ce cas elle avait encore beaucoup à apprendre. Déjà on ne reste pas sur les lieux de son crime si longtemps, surtout quand il n’y a pas de sang qui coule. Et puis, il manquait un peu de cachet à cette mort, il y avait pourtant tout ce qu’il fallait, un lieu isolé, une personne de haut rang et de quoi rendre la chose attirante. Probablement même faire la une des journaux.
Se reculant il posa la main sur son menton…faisant une moue ironique.

« Ou alors vous êtes l’assassin. »
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Ven 11 Aoû 2017 - 13:59


Ashes to ashes
ft. Grell Sutcliff

Le verre éclate. Des milliers de fragments se répandent sur le sol, dans un bruit assourdissant. Certains volent plus loin que d’autre, viennent effleurer le cadavre déjà roid.

Depuis combien de temps est-elle restée figée ainsi, à le fixer ?

Le vacarme du verre brisé ne lui arrache aucune réaction, si ce n’est un faible tressautement. Les yeux de Joah sont incapables de se détacher du corps sans vie. C’est donc cela, la mort ? Dans toutes ses idéalisations, celle-ci revêtait un manteau tragique, héroïque voire dramatique ; mais ici, elle n’a été provoquée que par un vulgaire concours de circonstance. Rien d’épique dans cette bouche ouverte, ces mains tordues. C’en est décevant. Mais fascinant également, dans un sens. Mais au-delà de ces deux considérations, l’émotion qui habite la danoise est la stupeur.
Jamais n’a-t-elle côtoyé la mort de si près.

« Blablablabala…Sir je ne sais qui puisque vous n’êtes pas fichu de mettre votre nom sur votre boite aux lettres vous avez l’infime que dis-je le sublime honneur d’être mort et…. »

Une voix d’homme, un bâillement. Le tremblement qui avait pris les mains de Joah cesse immédiatement. Elle se fige. Qui ?... elle ne comprend pas. Pourquoi arriver de la sorte ? Il semble connaître le mort. Du moins, avoir eu connaissance de son décès avant d’arriver. Comment peut-il être si exubérant, tout en toisant le cadavre ?

La rouquine reste immobile. Son cœur s’affole dans sa poitrine. Peu à peu, les traits du corps sans vie semblent se tordre devant elle ; les cheveux gris prendre une teinte noire, le visage s’allonger, jusqu’à ce que… non. C’était un tour de son imagination. Celui qu’elle croyait revoir était enterré depuis longtemps. Son expression reste figée. Atterrée. Elle ne comprend pas les conséquences, pas encore. Tout porte à croire qu’elle l’a tué. Pourquoi ne pas avoir appelé d’aide ? Même elle ne saurait totalement l’expliquer. La fascination. Puis la stupeur. Maintenant, l’homme agite une main devant ses yeux, cherchant à la faire réagir, certainement. Du coin de l’œil, elle remarque l’éclat de sa tenue et de ses cheveux écarlates. Combien de temps encore cette couleur la hantera-t-elle ?

« Je me suis peut-être trompé finalement…c’est vous le mort ? »

La voix est moqueuse. D’ordinaire, les yeux gris de la jeune femme lui auraient lancé un regard amusé, une réplique acerbe sortant de ses lèvres. Mais là… ses mains sont tâchées de sang, et douloureuses d’avoir trop secoué la forme roide.

« Ou alors vous êtes l’assassin. »

A cela, son souffle se fige un instant. Les épaules déjà raides de la jeune femme tressaillent. Doucement, elle relève le visage. Regardant dans le vide, tout d’abord, puis la forme qui se tient devant elle. Il est grand, arrêté dans une attitude théâtrale. Sa moue est ironique. Il semble la moquer. Elle ne comprend pas. Le cadavre ne semble pas l’importuner. Il parle comme si celui-ci n’avait aucune importance ; comme si elle était bien plus distrayante que cette chair morte. Ses lèvres rouges s’entrouvrent un instant. Se referment. Sa gorge est sèche, nouée.

« Non. »

La réponse est claire. Ferme. Il a toute son attention, désormais. La jeune femme a l’air hagard. Elle retire ses mains posées sur le sol souillé. Regarde un instant la peinture séchée, qui s’est mêlée au sang. Puis l’homme. A nouveau. Ses yeux si particuliers. Elle s’arrête un long moment dessus, s’y perd. Ces yeux… l’un de ses clients avait le même regard ; quel était son nom, déjà ? …Aucune importance. Elle se souvient seulement de cette couleur si particulière.

L’odeur métallique du sang la fait sortir de ses pensées. La peintre en prend enfin conscience. Elle grimace, secoue la tête.

« Aid-… »

Sa voix se fige immédiatement. Demander de l’aide ? Non. Qui est-il, pour commencer ? Un voleur ? Un assassin ? Son regard change légèrement, en fixant l’inconnu. Plus méfiant. Elle revient à elle-même, doucement.

« Non. Qui êtes-vous ? »

Son dos courbé se redresse. Machinalement, elle essuie ses doigts sur le chiffon attaché à sa ceinture. Puis elle s’efforce de le fixer, malgré les battements erratiques de son cœur. Enfin, elle réalise.

Le sang séché sur ses mains. Le cadavre devant elle.
Cet homme étrange.


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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Lun 14 Aoû 2017 - 13:38

Il adorait ça. Ce moment où l’autre prend conscience de la fin. Cet ultime sursaut de vie, dans laquelle se meurt le dernier espoir. Puis la fin. Il aimait être présent, voir dans leur prunelle la peur souvent, l’apaisement plus rarement. Mais toujours, toujours ce petit espoir que tout ceci n’est qu’une erreur. Un mauvais rêve.


C’était exactement ce que cela devait être. Un rêve duquel on ne se réveillait pas.


Cette fois-ci pourtant, il était arrivé trop tard. Le mort était déjà froid quand il fit son entrée. Autant dire que l’espoir avait depuis longtemps quitté la pièce. Ce qui était pour le moins frustrant. S’il loupait à chaque fois l’instant crucial où ils passaient l’arme à gauche, non seulement il ratait le plus beau du spectacle mais il se mettait également en danger. Certaines lanternes risquaient de devenir agressives, de s’éprendre de liberté s’il mettait trop de temps à les capturer.


Encore un problème auquel il devra faire face. Plus tard.


Car pour le moment sa curiosité était piquée.


C’était une belle femme. Il n’était pas assez jaloux pour le nier. De ce qu’il pouvait voir elle semblait jeune et avait des cheveux à faire damner un saint. Un regard sur ses mains, couvertes de sang et d’une autre substance qu’il peina à identifier. Ce ne fut que lorsqu’il aperçut le chevalet que la lumière se fit enfin.


Ce n’était pas une fille de joie. Le vieillard n’était pas mort d’un excès de bon temps. Il était mort bêtement, probablement un arrêt du cœur. Sa fierté l’aura empêché de bouger pour avoir le meilleur portrait de lui possible, il n’aura pas demandé de pause et sera tombé. Enfin qu’importe, même s’il avait stoppé un instant l’artiste dans son œuvre, il serait mort tout de même.
Quand l’heure était venue, il n’y avait rien qui puisse empêcher la mort de prendre son dû.


« Non. »


Son visage se tourna vers l’être qui était finalement vivant. Il haussa un sourcil intrigué devant sa réaction face à la mort. Une femme…habituellement les femmes étaient beaucoup plus démonstratives, même lorsqu’il ne s’agissait pas de quelqu’un de proche. Il y avait, sinon des cris, au moins des larmes, une émotion. Il ne ressentait pas vraiment ce genre de chose émanant d’elle.


Il ne répond pas. Se contente de sourire devant cette réponse. Sourire qui s’élargit lorsqu’il entendit la suite des propos de la femme.

«
 Aid-… »


De l’aide ? Pourquoi faire ? La seule personne qui aurait pu faire quelque chose ici c’était elle. Mais elle n’avait rien dit, rien fait. Il retînt un ricanement, que voulait-elle vraiment ? Ramener l’homme à la vie ? Peut-être qu’elle n’avait pas été payée, où que le portrait n’était pas terminé.


Il délaissa son observation de la scène. Sautilla en direction du chevalet et une nouvelle fois attrapa son menton entre son pouce et son index, en détaillant l’œuvre inachevée. C’était un beau résumé de la vie de ces hommes, une œuvre qui pourrait être tellement belle, mais qui ne serait jamais achevée.

« 
Non. Qui êtes-vous ? »


Il ne prend pas la peine de la regarder. Ses yeux sont toujours attirés par la toile. Il observe à nouveau le corps, allant jusqu’à se pencher au-dessus de son visage sans se soucier de marcher dans le sang qui coagule lentement. Son sourire moqueur ne l’a pas quitté un seul instant. Finalement, il retourne à côté du tableau.


« La seule personne qui aurait pu l’aider c’était vous. Et vous ne l’avez pas fait. »


Il posa une nouvelle fois les yeux sur elle. Recherchant son regard. Il y avait toujours cette lueur moqueuse qui y brillait, alors qu’il ajusta ses lunettes sur son nez. Il désigna l’œuvre d’une main, et le cadavre de l’autre en faisant une moue dubitative. Comme s’il était vraiment désolé.


« Je ne trouve pas beaucoup de ressemblance. C’est peut-être pour cette raison qu’il s’en est allé. »
Restant près du tableau, il lui fit un petit clin d’œil assorti d’une pirouette. Il adorait se présenter, il avait l’impression ainsi de toucher un peu à cette célébrité qui lui était toujours refusée. Levant les bras au ciel comme Juliette lorsqu’elle découvrit Roméo étendu sur le sol (à moins que ce ne soit l’inverse) il déclama.


« Grell Sutcliff. Je suis la mort. J’admets que cette fois-ci je suis un peu en retard mais le résultat est quand même là non ?  »
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mar 22 Aoû 2017 - 11:42


Ashes to ashes
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Joah reste figée. Atterrée. Est-elle trop choquée pour ressentir une quelconque émotion, ou bien est-ce cet étrange détachement qu’elle semble avoir vis-à-vis du cadavre qui t’atterre ? L’horreur ne l’a habitée qu’un bref instant ; lorsqu’une figure familière a semblé se superposer sur le visage du défunt. Mais désormais… ce n’est qu’un corps roid et laid. Sa mort a été ridicule et le cadavre lui semble grossier. La jeune femme ne parvient plus à déceler l’éclat qui l’avait attirée dans cette masse de chair inerte ; la mort a tout emporté. Est-elle seulement humaine pour ne ressentir qu’une amère déception à cet instant ? L’idée l’horrifie. Pourtant, beaucoup clament que nos réactions face à la mort peuvent souvent se révéler étrange ; mais jamais la danoise n’avait imaginé que ce sentiment puisse en faire partie. Sa première réaction face à la mort d’un être aimé, il y a deux ans de cela, avait été une peine fulgurante ; peut-être bien que celle-ci avait sapé le reste. Peut-être qu’elle avait trop pleuré son mécène pour pleurer une muse éphémère.

Et cet homme ? Au fil des minutes, l’intrus évolue sans peine dans la pièce, son pas conquérant semblant faire fit de la scène devant lui. Son sourire moqueur ne l’a pas quitté. Lorsqu’il se penche sur le cadavre, la jeune femme a un mouvement de recul. Puis il s’éloigne encore, retournant aux côtés du tableau qu’il observe avec intérêt. Le regard de Joah ne le quittant pas. Ses yeux étranges semblent comparer la figure fière inachevée et le cadavre déjà froid. Le sol est souillé, mais il ne semble pas s’en soucier réellement ; marchant dans le sang qui coagule comme s’il ne s’agissait que d’un filet d’eau claire.

« La seule personne qui aurait pu l’aider c’était vous. Et vous ne l’avez pas fait. »

A ses mots, il plonge son regard dans le sien. Il semble à la jeune femme que ses prunelles vertes et jaunes, si particulières, cherchent à l’hypnotiser. Un moment, elle reste happée par son regard. Les battements erratiques de son cœur se sont accélérés. Ses reproches ne lui font pas baisser la tête, cependant. Ce qu’il dit est vrai. Elle l’assumera. Il y aura certainement des conséquences, une fois que quelqu’un aura donné l’alerte. On lui reprochera son silence. On lui demandera de l’expliquer.
Mais pour le moment, personne n’est venu. Il n’y a qu’eux deux.

L’inconnu pointe le tableau. Puis le mort. Une moue désolée aux lèvres. Mais il ne semble pas désolé pour le drame étant advenu. Plus pour l’aspect esthétique de la chose.

« Je ne trouve pas beaucoup de ressemblance. C’est peut-être pour cette raison qu’il s’en est allé. »

Ses lèvres s’entrouvrent, mais aucun son ne sort. Il semble vouloir parler, encore. Et quelque chose la retient de lui couper la parole ; comme si elle savait que la suite avait une importance primordiale. L’étrange individu aux cheveux si rouges qu’ils lui rappelaient les flammes lui adressa un clin d’œil, assorti d’une pirouette. Son attitude théâtrale aurait pu l’amuser, dans d’autres circonstances, mais ici elle ne faisait qu’ajouter à sa confusion. La scandinave avait besoin de contrôle ;  de pouvoir comprendre et définir ses interlocuteurs. Ici, elle n’y arrive pas. Tout cela est absurde. Il y a un cadavre, et un acteur de théâtre.

« Grell Sutcliff. Je suis la mort. J’admets que cette fois-ci je suis un peu en retard mais le résultat est quand même là non ?  »

….la mort ?
Joah se relève, lentement. Ses muscles endoloris lui font mal, mais elle finit par se redresser dans cette attitude qui la caractérise. Le dos droit, le menton haut ; fixant ce Sutcliff avec une intensité redoublée. Elle essuie une nouvelle fois le sang sur ses doigts ; celui-ci a séché. Ses mains sont rouges. Alors, ses lèvres s’ouvrent ; répondant à son reproche. Sa voix est basse, mais intelligible.

« Qu’est-ce que je vaux, face à la mort ? »

Rien. La réponse est rien, et jamais n’aurait-elle pu l’empêcher de mourir. Lorsque vient la fin, cela est inéluctable. Son regard descend jusqu’au cadavre à ses pieds. Elle frissonne.

« …il lui ressemblait… mais… » Un soupir : « La mort a tout emporté. »

Son regard remonte jusqu’à ses yeux qui la fixent. Sa déclaration la laisse dubitative. Mais plusieurs questions se heurtent dans son esprit ; comment a-t-il pu accéder à cet étage ? Entrer d’une telle manière ? Pourquoi est-il si calme ? Elle ne sait pas quoi répondre. Elle ne sait pas ce que l’on dit, dans une telle situation. Face à un homme qui prétend être la mort.

« Le résultat ?... » La jeune femme bute sur le mot. Puis une ombre passe dans ses yeux gris. Elle murmure. « C’est laid. Grossier. Absurde. » Un silence. Un bref tremblement prend ses épaules. « Qu’est-ce que je dois dire ? » Son regard est fixé sur le sien. Il lui semble qu’un épais brouillard l’empêche de voir clairement. Penser clairement. « Vous allez m’emporter, moi aussi ? »

La question sonne comme un défi, malgré elle.



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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mer 23 Aoû 2017 - 11:54

Sa présentation avait fait son petit effet, l’humaine semblait reprendre pieds dans la réalité. Même si ses propos sont pour le moins…étrange. Décidément cette petite chose était loin d’être ordinaire. Il haussa un sourcil, réfléchissant sérieusement à la question. Question qu’il ne s’était jamais posé par ailleurs. Est-ce qu’un humain pouvait lutter contre la mort ? Lui faire face et la vaincre ?


…la réponse était oui. Sans conteste. Il en avait vu des presque morts se relever et survivre encore quelques années. Certains mettaient ça sur le compte de leur moral, de leur envie de vivre, d’autre sur la religion. Les derniers enfin sur les proches. Difficile de savoir exactement pourquoi certaines personnes qui devaient mourir échappent encore un temps au jugement dernier.


Mais il était beaucoup plus jouissif de voir quelqu’un se battre et tenter tout ce qu’il peut plutôt qu’une chiffre molle. Etrangement, elle n’avait pas l’air d’une chiffre molle par son attitude mais ses propos laissaient planer le doute.
Levant le doigt en l’air, comme un professeur s’apprêtant à sermonner son élève, le rouquin déclara :


« Il est parfaitement possible de lutter contre la mort. C’est ce que vous faite chaque jour qui passe. »


Avec plus ou moins de réussite. La mort contrairement aux croyances populaire ne pouvait pas être tapie derrière chaque être vivant, attendant son dernier soupir, une faiblesse. Il y avait des millions d’être vivant sur terre. Parfois la mort a besoin de vacance elle aussi.


Il étouffa un bâillement, d’accord ce n’était pas très poli mais ce qu’elle racontait était barbant. Même William était moins protocolaire dans ses discours. D’abord la mort n’avait rien emporté du tout puisque l’homme était encore là, avec sa cinématique (d’ailleurs il ne faudra pas qu’il oublie de la récupérer) et puis que dire de la suite. Elle avait grand besoin de cours de tragédie.


Grell s’avança une nouvelle fois vers le cadavre, l’enjamba et pris sa place sur le siège. Il étira ses longues jambes, les talons avaient beau faire des superbes fesses, dieu que cela faisait mal lorsque l’on restait trop longtemps sans bouger.  Puis il prit une profonde inspiration avant de commencer son petit discours.


Il leva un doigt à chaque point qu’il présentait.


« Ce que vous dite est absurde. Premièrement la mort n’a rien prit du tout puisque je ne suis pas encore passé. Deuxièmement je ne pense pas qu’insulter un cadavre soit vraiment une bonne idée. Il pourrait se vexer et venir vous hanter et là vous seriez bien embêtée ma mignonne. Troisièmement j’avoue que si j’étais arrivé un peu plus tôt le spectacle aurait été plus élaboré mais croyez-moi le final serait resté le même. Et pour vous il n’y a que le final qui compte n’est-ce pas ? »


 Il se tût un instant, n’ayant pas répondu à sa dernière question volontairement. Le silence était un atout dans toute discussion, il permettait de digérer certaines informations, de regretter certaines autres. Il pouvait être confortable ou non.
Finalement après au moins trois bonnes minutes, le shinigami se décida à répondre à la provocation, une lueur d’amusement traversant les verres de sa monture à tête de morts.


« Qu’en pensez-vous ? »


Est-ce qu’elle voulait qu’il l’emporte ? Où juste pensait-elle qu’il allait l’achever, maintenant qu’elle connaissait des choses qu’elle n’était pas censée savoir. Avait-elle seulement pris conscience qu’il avait beaucoup trop parler. Les shinigamis n’étaient pas censés dévoiler leur existence aux êtres humains. Ou bien n’avait-elle parlé que par provocation, histoire de voir s’il était vraiment ce qu’il disait être…

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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mar 29 Aoû 2017 - 19:03


Ashes to ashes
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« Il est parfaitement possible de lutter contre la mort. C’est ce que vous faites chaque jour qui passe. »

Joah ne peut pas être en accord avec cela. Dans sa conception des choses, les hommes ne font qu’attendre la mort. Profiter d’un sursis. Jusqu’à ce que celle-ci arrive, au détour d’un chemin, et ne les emporte. Bien sûr, elle ne croit pas pour autant à ces théories du destin que beaucoup semblent affectionner. La mort est un fait. Pas une entité consciente. Et pourtant… Si cet homme est réellement qui il prétend être, alors sa vision du monde en sera bouleversée. Mais pour le moment, la danoise ne proteste pas. Ne lance pas de nouvel affront. Elle écoute, comme fascinée. Quelque chose semble la clouer sur place, alors que l’homme s’avance de nouveau vers le cadavre. L’enjambe. Le traitant une fois de plus comme un morceau de chair inerte. …pourquoi son attitude la choque-t-elle, alors que c’est précisément tout ce que le cadavre lui inspire ? Son silence est aussi dû à la stupeur, certainement. Face aux actions de ce Sutcliff, et face à ses propres émotions.

L’Acteur s’installe ; l’image frappe l’esprit de Joah, subitement. Devant elle, un cadavre sur le sol rouge. Les éclats de verre forment une constellation scintillante dans cette nuit de sang. Assise sur le fauteuil, se trouve la Mort. Les jambes étirées, dans une attitude paresseuse, les traits de celle-ci semblent las ; contemplant l’observateur avec un certain dédain. Face à Elle, tout est dérisoire. Elle se joue du corps à ses pieds, que ses talons vertigineux semblent prêts à piétiner par inadvertance. Languide, ennuyée, sauvage, avec ce rouge qu’elle porte à outrance. Et ses yeux d’un vert si particulier sont rivés sur le spectateur. Elle. Un frisson la parcoure.

Est-ce sain, une telle fascination ?

« Ce que vous dites est absurde. Premièrement la mort n’a rien prit du tout puisque je ne suis pas encore passé. »

L’Acteur s’entête. L’Humaine l’observe avec fascination. Ce rôle lui colle à la peau. Est-ce seulement un rôle ? La jeune femme est assez fantasque pour oser imaginer le contraire, un instant. Un tête à tête avec la Mort. Jamais elle n’aurait représenté Hel d’une telle manière, mais cette allure, pour leur époque, semble tellement scandaleuse que désormais elle ne peut se défaire du visage de l’Idole, sous ses traits. Un homme vêtu de rouge, aux talons vertigineux et aux manières de Tragédien.

« Deuxièmement je ne pense pas qu’insulter un cadavre soit vraiment une bonne idée. Il pourrait se vexer et venir vous hanter et là vous seriez bien embêtée ma mignonne. »

Ces paroles l’atteignent à peine. Que le cadavre se vexe ? Cette simple hypothèse ne provoque que la naissance d’une scène supplémentaire dans son esprit. Le Spectateur se rit du cadavre. Au prochain plan, la mort est partie, mais la chair se relève. Immonde, furieuse, ses yeux vides semblent abriter les flammes de la géhenne. Et il tend la main vers l’esprit inconscient.

Le regard de Joah est voilé. Ces images la transcendent.

« Troisièmement j’avoue que si j’étais arrivé un peu plus tôt le spectacle aurait été plus élaboré mais croyez-moi le final serait resté le même. Et pour vous il n’y a que le final qui compte n’est-ce pas ? »

S’en suit un long silence, durant lequel la jeune femme fixe toujours la Mort. Son sermon, à la manière d’un professeur, lui arrache au bout d’une minute, deux peut-être, un mince sourire. Nostalgique. Un instant, l’image de l’Acteur devient flou, et surgit le sourire familier du seul qui ait jamais compté. Les paroles de Sutcliff semblent faire écho à ses dires. La seule réponse de la danoise est d’acquiescer.

« Je ne vois pas en quoi tout cela devrait te perturber, Joah. Qu’importe la raison ou le moyen ? C’est le résultat dont on parle, c’est lui qu’on admire et qui marque les esprits. Au final, il n’y a que le résultat qui compte. »

L’Acteur brise le silence et sa réflexion.

« Qu’en pensez-vous ? »

La jeune femme instaure à son tour le silence. Son regard scrute un instant celui de l’homme, se perdant dans la lueur amusée qui anime désormais les prunelles étranges. Quelle est la source de cet amusement ? Est-ce ce défi énoncé crânement ? Ses premières paroles sont une constatation, alors que Joah reste comme fascinée.

« Jamais je n’avais envisagé Hel avec de tels traits. »

Puis vient la question. La question fondamentale. Va-t-il lui ôter la vie si sa réponse ne lui convient pas ? La jeune femme ne le sait pas. Est-il réellement la mort ? Quelque chose au fond d’elle lui souffle que le rapport entre l’Acteur et la Mort n’est pas un simple lien de comédien à muse. Non. Les deux semblent liés. Cette dualité accentue l’aspect exceptionnel de la scène se déroulant sous ses yeux.
La Mort est une Actrice, et à ses pieds gît un cadavre. Son regard las que perce l’amusement est rivé sur le spectateur. Elle.

« …ce que j’en pense ? Je ne sais pas ; je ne veux pas mourir aujourd’hui. Mais si vous devez m’emporter… alors je souhaiterais vous peindre, avant. »




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Jeu 7 Sep 2017 - 21:44

Hel? Un sourire narquois étira les lèvres du shinigami. La comparaison était flateuse mais il ne pouvait se permettre de laisser la confusion régner. D'autant que cette femme connaissait peut-être d'autres individus en lien avec la mort et donc en concurrence directe avec la Dispatch. 


Pourtant il ne répondit pas tout de suite, écoutant avec attention les propos de la lady. Son visage se fit plus sérieux. Elle n’avait pas dit qu’elle ne voulait pas mourir…elle ne voulait pas mourir aujourd’hui. Il sorti un petit calepin de sa poche, tournant rapidement les pages avant de s’arrêter brusquement sur une page au hasard.
L’observant par-dessus ses lunettes, l’homme en rouge haussa un sourcil.


« J’ai des disponibilités la semaine prochaine si cela vous chante. »


Puis il referma le calepin d’un geste brusque avant de le ranger dans la poche de son manteau. Le voir lui rappelait trop à quel point sa position était précaire en ce moment. Tout comme la mort, ses derniers instants au sein de la dispatch pouvaient survenir d’un instant à l’autre. Et il avait encore pas mal de casseroles sur le feu avant de tirer sa révérence.


Il laissa échapper un soupir en se tournant de trois quarts sur le fauteuil, ses jambes reposant désormais sur l’accoudoir. Elle ne souhaitait pas mourir tout de suite…elle avait donc une mission, quelque chose à accomplir mais qu’elle ne voulait pas faire. Sinon elle ne souhaiterait pas mourir.


« Me peindre ? Certains disent que lorsque l’on se fait tirer le portrait on y perd un bout de son âme. La vanité nous perdra tous.Qu'en pensez-vous? »


Il pencha la tête sur le côté, laissant glisser son regard sur le corps. Il allait devoir récolter l’âme avant qu’il ne soit trop tard. Techniquement il n’avait pas le droit de le faire devant un être humain, mais sa présence lui imposait également d’agir vite. Seulement il n’était pas équipé de son arme fétiche et la faux de substitution qui lui avait été attribuée laissait vraiment à désirer.


D’un côté, il mourrait d’envie d’être représenté, enfin reconnu à sa juste valeur. D’un autre côté, il hésitait. Sa confiance en lui était sans faille lorsqu’il s’agissait de faire face à un public et d’agir. Mais voir sa propre image et les réactions des autres face à ce portrait était beaucoup plus difficile.


Tirant une moue, il se décida et se laissa glisser sur le sol. A genou à côté du cadavre, son air était maintenant beaucoup plus sérieux. Il arborait une mine concentrée, laissant échapper un petit bout de langue d’entre ses dents pointues. Il ne s’agissait pas de se louper.


Sortant des minuscules ciseaux de couturier de sa poche, il se pencha vers le visage du vieillard. Si son instinct lui hurlait de lui lacéré le visage et de faire les choses en grand. Il préféra faire les choses rapidement. Ainsi il récolta l’âme, observant la vie, somme toute banale de cet individu.


« Finalement…toutes les vies se ressemblent. »


Il eût presque l’air déçu durant sa déclaration. A chaque fois, il s’attendait à un miracle, une chose intéressante qui rendrait la partie plus palpitante. C’était amusant de voir la mort lutter contre quelqu’un. Mais tellement rare. Et ce n’était pas le genre de cas qu’il aurait avant longtemps.


Toujours à genoux dans le sang, il tourna son visage vers la femme.


« Vous ne vous êtes pas présentée. »


Ce n’était pas une question. Pourtant il attendait une réponse. Clairement.

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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mar 12 Sep 2017 - 20:28


Ashes to ashes
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La comparaison avec la déesse des Enfers l’a-t-il amusé ? L’Acteur sourit, désormais. Un sourire narquois. Semblable au sien, après tout, lorsque les circonstances y sont favorables. Mais pas aujourd’hui. Elle ne peut pas esquisser un tel sourire, alors qu’un cadavre gît à ses pieds et qu’elle l’a vu mourir. L’homme si rouge sort alors un calepin ; tournant les pages d’une façon désinvolte, comme un fonctionnaire consultant son agenda. Puis il s’arrête sur une page. Hausse un sourcil. Toujours aussi indifférent.

« J’ai des disponibilités la semaine prochaine si cela vous chante. »

Des disponibilités ? Pour ? …l’emporter ? Joah se fige. Non. Ce n’est pas ce qu’elle voulait dire, en affirmant qu’elle ne souhaitait pas mourir aujourd’hui. La jeune femme est consciente du caractère éphémère de la vie. Trop de gens sont morts pour le nier. Mais cela signifie-t-il qu’elle devrait abandonner la sienne maintenant, alors que tout semble si vain ? Non. Bien sûr que non. Elle a trop laissé de choses en suspens. Beaucoup d’objectifs restent à atteindre ; il y a encore tant d’actions qu’elle n’a pas accomplies. Si elle clame que seule sa carrière l’importe désormais, la danoise est lucide. Peut-être qu’un jour, elle trouvera le courage de s’atteler à recoller les morceaux de sa vie familiale. A aimer, si elle en est capable. Elle est encore trop jeune. Vingt ans, cela représente peut-être le quart d’une vie, mais c’est si peu comparé à ce qu’il lui reste. Elle le sait. Beaucoup de choses restent encore à arriver. Si elle ne meurt pas avant.

« Je ne veux pas mourir si tôt. Il me reste des choses à faire. Et lorsque l’heure viendra, je veux être celle à en décider. »

Son regard s’est durcit alors qu’elle regarde la mort. La simple idée de finir comme son client la dégoûte. Non, la peintre ne finira pas comme lui. Elle se souvient. Elle a fait une promesse. Allumer le ciel, peindre le monde en flammes. Ses mots lui reviennent. L’être adoré les lui ayant fait prononcés, également. Théodore ne sera pas là pour admirer son apogée, mais elle lui rendra hommage en en faisant quelque chose de grandiose.

« …j’ai encore une promesse à honorer. »

Cela, elle l’a murmuré. Rêveuse. Penser à lui la fait sourire un instant, mais fait également peser ce même poids sur son cœur. Le poids de l’absence. Non, il ne reviendra pas ; mais elle l’honorera tout autant.

« Me peindre ? Certains disent que lorsque l’on se fait tirer le portrait on y perd un bout de son âme. La vanité nous perdra tous. Qu'en pensez-vous ? »
« Je suis d’accord. » Elle baisse un instant ses yeux gris sur la chair froide. Les reportant tout aussi vite sur l’Acteur. Frissonne. « L’image fixe le sujet à un moment donné. Mais le temps passe et détériore l’original. De fait à ce que celui-ci adule le portrait, au cours du temps, et non plus sa personne qui décrépie d’autant plus. La vanité mène à sa déchéance. »

Ces mots sortent avec presque trop d’aisance de ses lèvres. Cela, elle le pense ; c’est précisément son objectif, la ligne de conduite qui dicte chacune de ses actions lorsqu’elle se met à peindre. Mais ces paroles sont-elles d’elle, toutefois ? La ferveur avec laquelle Joah les énonce est la sienne, sans l’être totalement. Comme une marionnette vivante. Prédestinée, sans l’être entièrement, à penser et argumenter ces propos. Les risques d’une telle pensée, elle les connait. A redouté l’attrait que celle-ci avait pour elle, un temps. Mais quelqu’un s’est parfaitement employé à effacer l’appréhension. Ne reste que le résultat ; l’Artiste, transcendée de son Idéal qui n’admet aucune objection. Et n’est-ce pas tout ce qui compte ?

Le regard de la peintre suit les actions de l’Acteur. Celui-ci a quitté ce fauteuil, pour s’agenouiller près du cadavre. Comme à regrets. La peintre reste figée, alors qu’il sort d’une poche de minuscules ciseaux de couturier. Que compte-t-il faire, avec cela ? Puis l’illumination se fait. La vie du mort se déroule devant les yeux de Sutcliff, faisant perdre à l’homme, par la même occasion, le statut d’Acteur.

Joah recule d’un pas. Fascinée. Terrifiée. Ne comprenant qu’à moitié ce qu’elle voit. Puis elle comprend. Mais comment l’admettre ? Jamais cela n’a fait partie de son schéma de pensées. La jeune femme s’est toujours employée à rester parfaitement sceptique quant au surnaturel. Mais maintenant… comment expliquer rationnellement ce qui vient d’arriver ? Elle ne le peut pas. Reste la seule explication.

La Mort se tient devant elle.

« Finalement… toutes les vies se ressemblent. »

La scandinave ne dit rien. Elle reste figée. La Mort se tient devant elle. Cette simple pensée mérite à elle seule une longue réflexion. Grell Sutcliff s’est tourné vers elle. Toujours à genoux dans le sang qui coagule. L’odeur embaume la pièce. C’en serait insupportable, si le verre brisé ne laissait pas entrer l’air froid d’Angleterre.

« Vous ne vous êtes pas présentée. »

Ce n’est pas une question. Mais il attend une réponse. La constatation est juste ; la jeune femme connait son nom, mais lui ne connait pas l’identité de celle qui vient d’assister à tout cela. Joah comprend qu’elle n’aurait certainement jamais dû assister à une telle scène. Va-t-il chercher à se débarrasser d’elle, pour cela ? La peintre ne sait pas. Mais ne cherche pas à mentir ou se cacher. Il finirait par la trouver ; ce serait si facile.

« Je m’appelle Joah. Joah Andersen. » Son nom d’imposteur. Mais ce n’est pas un mensonge. Elle est devenue Joah en quittant Copenhague. « Et… je ne suis pas grand-chose. Pour le moment. »

Même dans une telle situation, son orgueil refait surface. Oui ; elle n’est rien. Mais cela ne va pas durer. Son nom commence à circuler, discrètement. Un jour, il retentira. Mais pour le moment, elle n’a accompli que le fait de rester en vie. Joah ne sait pas. A quel point ce simple fait est déjà un exploit.




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 17 Sep 2017 - 19:52

Il fallait toujours que ce genre de situation lui tombe dessus. Non pas qu’il se plaigne, loin de lui cette idée, son travail était passionnant et le fait qu’il y ait toujours un imprévu était le petit grain de sel qui lui permettait d’affronter certaines journées pénibles. Mais Grell pouvait parier qu’il aurait des problèmes si l’on venait à savoir qu’il avait fauché une âme en présence d’une tierce personne. Alors que franchement, il n’y était pour rien. Etait-ce de sa faute si les gens ne partaient pas en courant quand ils voyaient un mort ? Et puis ses collègues ne rencontraient jamais ce genre de situations ? Bizarre quand même…


Un sourire étira ses lèvres alors qu’il achevait son travail. Exigeante la miss. Non seulement elle désirait choisir le moment de sa mort mais également choisir. Appeler la mort.


«Décider de tout ceci est un luxe qui n’est pas accordé à beaucoup d’entre vous. »


Une étincelle de curiosité brilla dans les yeux perçants du shinigami. Une promesse ? Les humains se compliquaient bien trop la vie, alors qu’elle était si courte. Ils s’attachaient avec des promesses qu’ils ne tiendront pas et des vieilles histoires qui n’intéresseront plus personne dans une dizaine d’années. En général, c’était ces petits liens qui permettaient aux humains de continuer à avancer, lorsqu’ils se rendaient compte du ridicule de leur existence. A quel point tout ce qu’ils font est vain et voué à l’échec. 
Savoir que notre vie n’est qu’une vaste blague et continuer à vivre quand même. Parce que l’on a fait une promesse.


Depuis sa mort, il n’avait jamais rien promis à personne.


Un froncement de sourcil, il réfléchit à ses propos concernant la vanité, la déchéance. Il n’est pas totalement d’accord avec elle. Même s’il semblait exprimer le contraire il y a à peine un instant. L’art des portraits permettait aux gens d’avoir un souvenir. En général c’était pour cette raison que les humains commandaient, pour le souvenir et aussi pour montrer qu’ils avaient de l’argent. Et ce qu’elle exprimait semblait vouloir dire que les hommes ne vivent qu’à travers les souvenirs et bien entendu, ils n’en tirent aucune satisfaction mais plutôt une sorte de mélancolie qui les ronge et les transforme en …il n’avait pas de comparatif.


« Je pense que vous oubliez un paramètre important. Celui du souvenir. Vos œuvres entretiennent le souvenir. Même si le temps à une prise sur le sujet et non sur vos tableau, l’adulation n’est pas acquise et peut aussi se transformer en dégoût ou en simple souvenir attendrit. La mémoire des hommes n’est pas très bonne et est facilement modifiable…Mais nous nous écartons du sujet. »


Il pouvait parler des heures de vanité, mémoire et autres défauts des hommes. Mais ce n’était plus le moment.


Finalement elle a compris. Et le voilà enfin, ce moment où la peur et l’incompréhension se disputent dans les yeux de son interlocuteur. Peut-être qu’elle va se mettre à hurler, les mains sur les joues en une posture grotesque. Il avait vu un homme, un certain Munch le faire un jour, alors qu’il était tranquillement en train de récolter l’âme d’une personne décédée sur un pont.
Si elle avait su à ce moment qu’il ne possédait pas son calepin et qu’il lui était très compliqué de mettre un nom sur les personnes qui l’entouraient, peut-être que cela n’aurait pas été si simple d’obtenir son identité. Mais elle n’hésita pas. Joah Andersen. L’artiste peintre qui a fait connaissance avec la mort.


Se redressant, un air sérieux sur le visage, il s’avança vers elle. Maintenant que l’âme était en paix (façon de parler…) il pouvait s’atteler à la partie intéressante de la soirée. Fini les sourires et le badinage, il fallait passer à la vitesse supérieure. Se saisissant de la main du peintre, il la porta à ses lèvres, la marquant au passage de quelques traces sanglantes.


« Tu tu tut ! Il ne faut pas se déprécier comme cela Miss Andersen. »


Il relâcha la main, et la contourna, nonchalamment. C’était un fait, le rouquin ne savait pas tenir en place et il avait besoin de relâcher la pression, surtout en ce moment. Tout en la contournant, il continua de parler, d’une voix légèrement plus grave que lorsqu’il s’était présenté.


« Vous comprendrez  j’en suis sûr, que nous sommes dans une situation problématique et qu’il va falloir prendre une décision.  »


Il se plaça devant la fenêtre brisée, observant l’extérieur de la demeure. Le vent s’engouffrant par la vitre venait faire tourbillonner ses longs cheveux autour de lui. Il tourna la tête pour lui jeter un coup d’œil.


« Mais avant de prendre des décisions trop hâtives j’ai besoin de savoir… »


Il se retourna complètement face à elle et regretta de n’avoir sa fidèle amie avec lui. Quel tableau il aurait fait là, son arme à la main, le vent faisant claquer les pans de son long manteau. Une scène qui inspirerait plus d’une personne. Une scène qui n’aura pas lieu avant un long moment.


Sans ciller il baissa le ton de sa voix. De sorte qu’elle se perdit avec le bruit du vent.


« ..Qu’elle est donc cette promesse qui vous permet de croire que vous avez le luxe de décider avec la mort ? »


Peut-être que cette promesse valait la peine d’attendre encore un peu. La dire à voix haute permettrait en tout cas à l’artiste de se rendre compte de la valeur qu’elle lui accordait. Si elle refusait de le dire, il comprendra autant de chose que si elle le lui dévoilait.


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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Ven 22 Sep 2017 - 12:54


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Choisir le moment de sa mort est-il un tel luxe ? Jusque-là, Joah pensait justement que c’était l’une des seules choses dont l’être humain pouvait décider. Bien sûr ; l’artiste est lucide sur le fait que son propre corps est horriblement faible face aux affres de la nature et du temps ; face à la folie des Hommes, également. La sienne comprise. Cependant, il lui a toujours semblé, jusque-là, que l’idée même du suicide permettait de donner une alternative à ces fatalités. Elle pourrait mourir dans cette pièce, et cela ne serait pas une action voulue. Mais si elle survit, alors, peut-être mourra-t-elle demain si elle en décide. La simple idée que tout peux s’arrêter, d’un jour à l’autre, par sa propre main, a toujours eu quelque chose de rassurant pour elle. Il y a une certaine beauté dans le suicide. Nous n’avons pas choisi de naître, mais par lui, nous décidons de mourir.

Mais les propos qu’a tenu la Mort lui ont fait reconsidérer ce fait ; si elle décide d’en finir demain, serait-ce réellement un choix ? Ou bien, est-ce déjà déterminé, depuis qu’elle a vu le jour ? Non. Ce n’est pas possible. La simple idée que sa dernière révérence devant la vie ne soit qu’une date inscrite depuis des années la révulse. Pourtant… elle l’a vu. Elle a vu la faucheuse récupérer l’âme du mort. Alors que, jusque-là, la notion même de messager de la mort était pour elle reléguée au rang de chimère. Mais Joah n’est pas folle. Elle sait ce qu’elle a vu. Alors, que croire ? Qui croire ? Elle n’ajoute rien à ce que lui affirme la Mort ; elle n’objecte pas. Même lorsque Sutcliff s’emploie à démonter son argumentation sur la vanité et la déchéance, la jeune femme se tait. Il a raison. Ils s’écartent du sujet. Il y a des choses plus importantes, désormais.

L’homme si rouge s’est redressé ; il la regarde, son visage empreint d’un sérieux qui l’inquiète. Lorsque Grell effectue un pas vers elle, la rouquine reste figée, incapable de faire autre chose que de le regarder approcher. C’est à ce moment que Joah réalise que cet homme est dangereux. Ce serait si simple ; la scène de crime parfaite. Il n’aurait qu’à ramasser un éclat de verre. Ou la jeter par la fenêtre. Il est certainement plus fort et rapide qu’elle ; un jeu d’enfant. Alors qu’il se saisit de sa main, son souffle se fige. Mais la seule action de Sutcliff est de la porter à ses lèvres.

« Tu tu tut ! Il ne faut pas se déprécier comme cela Miss Andersen. »

L’homme relâche sa main ; la jeune femme baisse un bref instant son regard vers celle-ci, remarquant le rouge qui l’a maculée. Puis, relevant l’autre main, Joah s’entoure de ses bras. L’air qui empli la pièce est froid. Elle se retourne doucement, suivant du regard les mouvements de l’Acteur qui se meut avec flegme jusqu’à la fenêtre brisée.

« Vous comprendrez  j’en suis sûr, que nous sommes dans une situation problématique et qu’il va falloir prendre une décision.  »

Alors qu’il s’arrête devant le trou béant, Joah n’a cessé de le fixer. Ses paroles confirment la réflexion de la jeune femme ; jamais elle n’aurait dû être témoin d’une telle scène. Le fait qu’elle l’ait vu semble poser en soit un problème sérieux. A-t-il pour principe de cacher son existence aux humains ? Oui. La réponse est évidente. Il ne s’attendait certainement pas à trouver un témoin, en arrivant ici. Beaucoup auraient déjà fui la scène, que ce soit par peur d’être inculpé de meurtre, ou pour aller chercher de l’aide. Mais pas elle. Elle était restée à fixer le cadavre, jusqu’à son arrivée. Pour une raison qui lui échappait, désormais.

« Mais avant de prendre des décisions trop hâtives j’ai besoin de savoir… »

Que veut-il dire par "décision" ? Alors que la question lui traverse l’esprit, la réponse s’impose, une fois de plus, comme une évidence. Il n’y a qu’un seul moyen d’être sûr qu’elle ne parlera pas. C’est de la tuer. Que désire-t-il savoir ? Joah plonge son regard dans le sien. L’artiste est suspendue à ses lèvres. La question qu’il va lui poser, et la réponse qu’elle y apportera déterminera certainement si oui ou non elle aura le luxe de voir le jour se lever, encore une fois.

« ...Quelle est donc cette promesse qui vous permet de croire que vous avez le luxe de décider avec la mort ? »

Elle ne s’attendait pas à ça.

« Je suppose que cette "décision" dont vous parlez concerne ma survie, à la fin de cette entrevue. »

Son cœur bat la chamade. Pourtant, la peintre ose finalement faire un geste. Pas des moindres. Elle se retourne, purement et simplement, faisant désormais dos à la Mort, si bien que celle-ci ne peut voir la lueur triste et étrange qui s’est allumée dans son regard. Joah regarde un instant le chevalet, avant de s’y diriger d’un pas lent. Il lui semble un instant que la toile a triplé de volume, et est désormais accrochée sur l’un des murs immenses du musée. Autour d’elle se trouvent de nombreux curieux, et une main chaleureuse est posée sur son épaule. L’incendie de la Chambre des Lords se dresse devant elle, la peinture de Turner déclenchant en elle une exaltation que jamais elle n’aurait cru possible. Son sourire s’élargit. Il lui semble encore entendre la voix douce, étrangement hypnotique par instants, de son mécène. Encore ce même discours, dont chaque mot est profondément ancré en elle. A quel point ces flammes qui enlacent le symbole de pouvoir sont exaltantes. La violence et la beauté du chaos. Joah parvient à se remémorer chaque mot, chaque silence et souffle, à un point tel que cela en devient troublant. Sa main s’est levée, pour caresser pensivement le bord de la toile.

« Un être dont le souvenir m’est plus cher que ma propre existence m’a un jour fait découvrir la beauté viscérale qui se dégage du chaos. »

Disant cela, Joah se tourne finalement vers Sutcliff. Son regard pensif est fixé sur la toile, comme si celle-ci abritait désormais une autre peinture que ce portait inachevé. Puis, doucement, celui-ci se pose sur l’homme, alors qu’un sourire étrangement doux étire ses lèvres rouges.

« Alors je lui ai promis de brûler le monde. »

Une fois ces mots prononcés, la jeune se fige. Une fois de plus. Son regard semble confus un instant. Dans quel contexte a-t-elle fait cette promesse ? Ni la date, ni l’endroit ne lui reviennent, cependant Joah en est certaine. Elle a bien prononcé ce serment. Mais, pourquoi ? Sans qu’elle puisse l’expliquer, il lui semble soudainement que la portée de cette phrase n’est pas seulement métaphorique. Qu’elle n’a pas seulement promis de peindre un hypothétique monde en flammes ; mais également juré d’être elle-même actrice de ce chaos si cher à l’allemand. …pourquoi Théodore lui aurait-il demandé cela ? Un frisson la parcoure, alors que son regard se perd dans le vide. Quelque chose ne va pas, sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. Ce serment est à l’encontre de sa propre nature. Aussi fantasque et étrange qu’elle puisse être, la danoise en est certaine. Elle n’est pas une criminelle. Pourtant, la perspective de contempler un monde en flammes la transcende.

Jamais Joah n’a été si honnête envers un être autre que ce noble aux yeux rouges.




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Ven 29 Sep 2017 - 19:08

Une décision, Grell passait son temps à en prendre, comme chacun d’entre nous. Certaines si banales que l’on n’y prend même pas garde. Comme par exemple quelle sera la couleur de nos chaussettes aujourd’hui. D’autres ont beaucoup plus de conséquences sur notre vie et sur celle des autres. Vais-je la tuer pour avoir assisté à quelque chose qui ne la regardait pas, ou alors vais-je laisser passer et ajouter à la liste de mes ennuis une petite ligne supplémentaire.


Il savoure ce moment, celui où elle se croit perdue, même si la détresse n’a pas encore envahie son regard. D’ailleurs il n’est pas certain qu’elle puisse connaître  ce sentiment. Cette femme semblait avoir une force de caractère peut commune. Mais tout le monde avait des faiblesses et sous la plus épaisse carapace se trouve toujours une immense faille, une plaie à vif qui ne se refermera jamais. Il suffisait de creuser un peu.


Sa question n’était pas anodine, il aurait pu lui demander si elle avait une dernière volonté, pourquoi est-ce qu’elle méritait de vivre selon elle ou tout autre stupidité de ce genre. Il avait déjà posé ces questions à de nombreuses personnes mais il n’en avait jamais rien retiré de bon. Il fallait trouver les rêves, les ambitions de sa victime, ainsi il touchait du bout des doigts à son histoire et à sa personnalité. De manière bien plus intime que si l’autre lui racontait qu’il devait vivre parce qu’il était trop jeune ou qu’il avait une famille qui l’aimait et qui l’attendait.


Patiemment il attendit, le froid n’avait pas vraiment d’impact sur lui, son long manteau le protégeant des intempéries. Il avait toute la nuit, n’ayant aucune information sur ce qu’il était censé faire par la suite. Et c’est alors qu’elle lui tourna le dos. Un sourire amusé étira ses lèvres, quelle audace ! Lui tourner délibérément le dos sans savoir ce qu’il avait décidé de faire.
Pourtant elle semblait avoir fait un choix également, le choix de vivre puisqu’elle commença à raconter son histoire.

« 
[color]Un être dont le souvenir m’est plus cher que ma propre existence m’a un jour fait découvrir la beauté viscérale 
qui se dégage du chaos. » [/color]


A ces mots, le rouge se fit plus attentif. Le chaos, c’était quelque chose qu’il connaissait bien. Spears l’accusant régulièrement de provoquer ce chaos partout où il passait. Mais il ne se rendait pas compte, lui comme tous les autres, du danger qui pouvait se cacher derrière le chaos. C’était une force qui puisait sa source dans le désespoir et la folie des hommes. Et il ne sortait que très rarement quelque chose de bon de ce chaos. Un instant, il visualisa les différentes actions qui auraient pu mener la jeune femme à rencontrer cette force. Et à la trouver belle. Mais rien de ce qu’il envisageait ne paraissait probable.
Elle souriait désormais, comme apaisée. Se dévoiler pouvait parfois avoir des effets bénéfiques.  

« 
[color]Alors je lui ai promis de brûler le monde. »[/color]


Enfin…il ne s’agit pas de placer la charrue avant les bœufs car une fois sa promesse dévoilée, Joah n’est plus la même. Elle semble ailleurs. Ce qui alarme légèrement le shinigami. L’idée en elle-même semble bonne, il connaissait une bonne douzaine d’humains qui avaient les mêmes envies, mais combien au final pour passer à l’acte ? Par contre, l’idée venaient d’eux, pas de quelqu’un qui serait venu poser la graine et qui aurait fui. Il semblerait dans son regard qu’elle ne se reconnaisse pas dans ce qu’elle disait. Se pourrait-il qu’elle soit possédée ? Ou sous contrat ?


Dans son regard brille une étincelle de méfiance. Si son esprit a été touché par une créature surnaturelle, ou si quelqu’un a joué avec ses souvenirs, cela peut recommencer. Et désormais il figure dans ses souvenirs. Tout ceci est dangereux.
Il s’avance une nouvelle fois, pour se poser à côté de cette toile. La peinture est-elle un moyen de fixer ses souvenirs ? Du bout des doigts, il ajoute quelques traces de rouge sur la toile, un point au niveau de la tête, un au niveau du cœur. Du coin de l’œil, il observe les réactions de l’artiste.


« Ce n’est jamais bon de vivre avec les souvenirs. »


Une fois l’œuvre achevée, l’homme croise les bras. Il pense au feu, à cette fascination qu’il exerce sur certaines personnes. Une petite voix trotte dans sa tête «A trop jouer avec le feu on finit par se brûler… »


« Une promesse faite à un souvenir est-elle vraiment une promesse ? »|/color] Sa voix se fait murmure « A moins que ce ne soit qu’un moyen de continuer d’avancer… »[color]


Une chose qu’il pouvait entendre. Mais si le but qui nous maintient en vie n’est pas notre propre but mais celui qu’une autre personne nous a confié, est-ce que l’on peut considérer que l’on est quand même en vie ? Tout ceci avait attisé sa curiosité au plus haut point. Il avait besoin d’en savoir plus.
 


 
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 1 Oct 2017 - 19:57


Ashes to ashes
ft. Grell Sutcliff



Pourquoi est-ce que tout lui semble si confus, désormais ?

L’homme s’est avancé. Il est désormais à côté d’elle, et ajoute du bout du doigt quelques traces rouges sur la toile. Le regard de Joah se porte sur ces deux points ; un à la tête, l’autre au cœur. Ironique. Elle se sent justement totalement divisée entre ces deux entités. Que faire ? Que penser ? La question qu’a posée Sutcliff a eu sur elle un effet des plus étranges. Elle ne se reconnait pas dans cette promesse formulée il y a plus d’un an. Et… pourquoi Théodore lui aurait-il demandé pareille chose ? Son mécène était juste un original, pas un meurtrier… non ? Joah ne regarde plus la mort. Elle ne voit pas l’étincelle de méfiance qui s’est allumée dans ses yeux verts. La peintre fixe seulement les deux points ajoutés au portrait. Son regard est trouble ; perdu.

« Ce n’est jamais bon de vivre avec les souvenirs. »
« Il est bien plus qu’un souvenir. »

Comment l’expliquer ? Chaque souvenir lui parait si vivace qu’à chaque instant, elle ne s’étonnerait pas de trouver Théodore en personne devant elle. Comme s’il n’était jamais mort ; comme si elle n’avait pas vu son corps roid, dans ce cercueil en flammes. Les flammes… son regard se perd dans le rouge. Celui-ci s’agite ; est-ce un tour de son esprit ? Le feu engloutit le portrait, puis le chevalet, avant de s’étendre à l’homme puis à la pièce…. Le brasier est immense. Elle suffoque. Et pourtant. La voix grave finit par la sortir de l’illusion. Non sans un sursaut. Qu’est-ce que c’était ?

« Une promesse faite à un souvenir est-elle vraiment une promesse ? A moins que ce ne soit qu’un moyen de continuer d’avancer… »

Joah pose une main sur le chevalet. A nouveau. Il lui semble que sa tête tourne. Le monde alterne entre scène de meurtre et brasier. Pourtant, l’une des visions est une illusion. L’autre, la réalité. Elle le sait. Elle en est consciente. Alors, pourquoi ce cadavre est-il si réel ?

« Je n’ai jamais rien promis. Je fuis les promesses. Excepté celle-ci. Il n’est pas qu’un souvenir. Il est tout. Partout. Dans chaque toile. Chaque flamme. Vous ne pouvez pas comprendre. »

Car la peinture est devenue, après sa mort, un moyen de le retrouver. Comme une tentative de le ressusciter. Cela, elle vient de le comprendre. A chaque nouveau visage, chaque nouvelle flamme enlaçant le London Bridge, Joah espère revoir son regard particulier, sa silhouette se dévoiler au coin d’une rue. Elle n’a passé qu’un an auprès de cet homme. L’amour qu’elle lui porte est inexplicable. Comment le souvenir de ce noble allemand peut-il lui importer plus que celui de sa propre famille ?

« …c’est étrange. » Une pause. Longue. Deux, trois minutes peut-être. Puis un sourire étire ses lèvres. Discret. Sans joie aucune. « J’aime ce monde. Passionnément. Je veux le voir libre. Mais je veux aussi le voir brûler. »





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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mer 4 Oct 2017 - 11:10

Quelle étrange créature…alors que la mort venait de prendre une vie juste devant elle, démontrant une nouvelle fois à quel point elle peut se montrer injuste et imprévisible, ce sont les souvenirs qui semblent la perturber.  


Ces humains, ils sont prêts à tout pour laisser leur nom dans l’Histoire mais ils ne se rendent pas compte que personne n’y accorde de l’importance. Pas plus qu’on accorde de l’importance à ce qui s’est passé hier. Certes notre passé est  cause de ce que nous sommes, mais le présent à deux fois plus d’importance. Ce que l’on décide aujourd’hui  nous façonne autant, si ce n’est plus que ce que nous avons fait hier.


Tant que l’on est encore en vie.
 
« Il est bien plus qu’un souvenir. »


Une nouvelle fois un froncement de sourcils apparaît sur le visage du shinigami. Plus qu’un souvenir…Qu’est-ce qu’elle entendait par là ? L’être était encore en vie quelque part ? Sous une forme quelconque. Dans ce cas la priorité de cette femme ne devrait-il pas de le retrouver ? Toutes les personnes qu’il côtoyait recherchaient quelqu’un. Ça devait être une particularité des êtres vivants…Il n’arrivait d’ailleurs pas à comprendre pourquoi tant d’acharnement. Ce devait être une forme d’amour.
Il a remarqué son mal être, bien sûr. C’est un dieu, spécialisé pour le terrain. Alors les hommes et leurs tics n’ont plus vraiment de secrets pour lui. Même s’il ne comprend pas toujours les mécanismes de ces réactions physiques.

« 
Je n’ai jamais rien promis. Je fuis les promesses. Excepté celle-ci. Il n’est pas qu’un souvenir. Il est tout. Partout. Dans chaque toile. Chaque flamme. Vous ne pouvez pas comprendre. »


Un sourire narquois vient se poser sur ses lèvres. Lui non plus ne promettait rien, mis à part des folles nuits d’amour aux quelques hommes qui lui tapaient dans l’œil, mais ce n’était que des paroles, rien de vraiment concret. Les promesses n’avaient de valeur que si on leur en donnait. Et il était bien placé pour savoir que la force morale des êtres vivants n’allait pas en grandissant avec le temps.


Par contre…il était parfaitement capable de comprendre. Il admettait que pour le moment ce qu’elle racontait était assez obscur. Il avait vaguement compris qu’elle n’avait pas peur de la mort, qu’elle pensait avoir le contrôle (la bonne blague), et qu’elle ne comptait pas mourir avant d’avoir mis le feu partout. Tout ça à cause d’un type, il supposait qu’il s’agissait d’un homme, qui lui avait tourné la tête.


Ce n’était pas si compliqué en fait.

« 
…c’est étrange. » Une pause. Longue. Deux, trois minutes peut-être. « J’aime ce monde. Passionnément. Je veux le voir libre. Mais je veux aussi le voir brûler. »


Son sourire devînt légèrement compatissant alors qu’il allait se servir un verre de vin dans la réserve du macchabé. Il avait l’air d’être parti pour une longue soirée ici, et les discussions philosophiques se devaient d’être accompagnées d’un bon verre. D’autres auraient ajoutés un bon cigare, mais le rouge avait vu les dégâts que provoquait le tabac sur les dents et puis de toute façon, il n’avait pas l’intention de retourner toute la maison pour un truc dont il ne se servirait pas. Le cigare faisait tellement…homme.


Délicatement il servit deux verres, les emplissant d’un bordeaux presque aussi sombre que le sang séché sur le tapis.


« Très chère, je pense que le diagnostic est simple. Vous êtes amoureuse. »


Il se retourna, un verre dans chaque main et s’avança pour lui porter. Ce faisant, il observa sa pupille, l’éclat de son regard ainsi que sa posture. Ce n’était pas un démon, il pouvait en mettre sa main à couper. Elle était humaine, mais ses propos, si elle les avait tenus à quelqu’un d’autre, lui offraient un bon pour aller tout droit à l’asile ou à la case prison.


« Je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange.  L’amour et la destruction vont ensemble. Ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Lorsque l’on aime vraiment, ce que l’on ressent est trop fort pour que l’on puisse le supporter, le garder. Alors on est obligé de l’extérioriser. »


Il parlait comme si c’était une évidence, levant même les yeux au ciel, comme s’il était inutile d’expliquer tout ceci. C’était comme d’expliquer pourquoi le ciel est bleu. Un instant ses pensées se tournèrent vers Sebastian…puis William. Aucun des deux n’avait compris la puissance de son amour…peut-être qu’il leur fallait un électrochoc.


« Seulement, vous avez raison sur un point. Je ne comprends pas. Vous voulez faire brûler le monde. Pourquoi pas…mais s’il n’est pas là pour le voir, alors que c’est lui qui vous l’a demandé. Quel est l’intérêt ? Je ne dis pas…si vous le faite pour vous-même c’est différent. Mais les notions d’hommage...j’ai du mal avec ce concept. Les morts se fichent pas mal des hommages. Ils sont morts. Point. »


Il lui tendit le verre. Une invitation… un choix à prendre. Il se rendit compte qu’ils n’avaient pas du tout abordé le fait qu’elle n’avait pas à être là. Qu’il fallait qu’il la tue. Mais ce n’était pas le moment…pas encore. Et puis, il savait déjà qu’il ne la tuerait pas. Lui faire peur peut–être, lui rappeler que personne ne la croirait. Mais si ce qu’elle lui racontait est vrai, si elle avait vraiment l’intention de brûler le monde, elle avait tout intérêt à se montrer discrète. Et raconter qu’on a vu la mort n’était pas une bonne idée pour être discret.


« Il y a aussi un petit détail…Détruire c’est amusant, mais est-ce que vous êtes prête à vivre avec le résultat. A reconstruire ? »
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 8 Oct 2017 - 9:13


Ashes to ashes
ft. Grell Sutcliff


La peur t’étreint. Tu fixes l’obscurité devant toi, incapable d’esquisser le moindre mouvement. Seuls tes yeux paniqués sont aptes à se mouvoir, cherchant dans la masse noire un quelconque point auquel se rattacher. Mais il n’y a rien –jusqu’à maintenant. Un point rougeoyant au loin. Qu’est-ce ? La réponse t’es inconnue ; te voilà incapable de mettre un nom sur tes environs. Puis, l’incendie prend de l’ampleur. Tu veux crier, mais aucun son ne sort de tes lèvres. Les flammes épaisses éclairent d’une lueur rouge la chambre autour de toi. Ravageant les meubles à une vitesse alarmante. Tu voudrais fuir ; mais aucun de tes muscles ne répond. Les flammes s’approchent. Lèchent ton visage ; ton souffle s’affole, anticipant la brûlure…

…Mais celle-ci se mue en la caresse d’une main.

Que se passe-t-il ? Le monde autour de toi est en flammes. Pourtant, désormais, le feu t’apporte un certain réconfort. Tu te consumes. Tu suffoques. Te bat pour reprendre le contrôle de tes muscles –pour esquisser cet immense sourire sur tes lèvres sèches. L’effroi a laissé place à l’euphorie. Tu ne comprends pas ; ne cherche pas à comprendre. Puis, le feu disparaît. Peu à peu. Une figure familière s’approche de ton lit, voilée d’ombre. Tu es toujours paralysée. Incapable d’articuler ce nom qui te rassure. Théodore te fixe de son regard ardent, cet étrange rictus qui le caractérise présent sur ses lèvres fines. Ton cœur se remet à battre à un rythme erratique. Tu réalises que ta précédente euphorie n’est pas normale ; quelque chose ne va pas. Pourquoi ne peux-tu pas bouger ? Pourquoi ton mécène ne dit-il rien, ne cherche-t-il pas à t’aider ? Son regard est serein ; comme si ton état était le résultat souhaité. Il se penche vers toi ; embrassant ton front.

« Oublie. »




La voix familière fait écho dans l’esprit de Joah, alors que la jeune femme tourne la tête vers l’homme si rouge, s’étant éloigné de quelques pas. Un instant, elle croit que celui-ci, ayant fini sa tâche, s’en est allé pour de bon. Mais il n’en est rien. La mort est curieuse. Et revient vers elle d’un pas assuré, deux verres dans une main, et s’employant à y verser un riche vin rouge. Se servir dans la réserve d’un mort… l’idée peut sembler scandaleuse, mais à ce moment, la peintre ne saurait s’en soucier. Qu’importe.

« Très chère, je pense que le diagnostic est simple. Vous êtes amoureuse. »

Sa réflexion n’arrache aucune réaction à Joah. Celle-ci se contente de le fixer, alors que Grell se rapproche, les deux verres en main. La situation pourrait presque paraître mondaine, s’il n’y avait ce cadavre qui les fixe de ses yeux vides de toute existence. L’amour… le principe lui semble bien vague. La peintre en est consciente ; son amour diffère de la norme. Après tout, elle a aimé son frère plus que quiconque. Pour le quitter du jour au lendemain. Le schéma s’est répété avec son ami d’enfance. Mais, Théodore… elle ne le côtoyât que durant une année. Et pourtant jamais, durant ces douze mois, la jeune femme ne put s’imaginer le quitter. Alors, oui. Peut-être cet attachement est-il une forme d’amour qui lui est nouvelle.

« Oui. »

Une syllabe. Simple, concis, assez pour confirmer ses propos.

« Je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange.  L’amour et la destruction vont ensemble. Ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Lorsque l’on aime vraiment, ce que l’on ressent est trop fort pour que l’on puisse le supporter, le garder. Alors on est obligé de l’extérioriser. »

Un instant, elle veut protester. Dire que jamais elle n’a voulu brûler Copenhague, pour exprimer son attachement envers son frère. Puis se ravise. Le quitter, mettre fin à tout contact, n’est-il pas également en soit une forme de destruction ? Certainement. Cependant, elle ne l’a pas quitté par amour ; mais par égoïsme.
…par amour d’elle-même, donc.

« Seulement, vous avez raison sur un point. Je ne comprends pas. Vous voulez faire brûler le monde. Pourquoi pas…mais s’il n’est pas là pour le voir, alors que c’est lui qui vous l’a demandé. Quel est l’intérêt ? Je ne dis pas…si vous le faite pour vous-même c’est différent. Mais les notions d’hommage...j’ai du mal avec ce concept. Les morts se fichent pas mal des hommages. Ils sont morts. Point. »

Joah remarque le regard de l’homme. Comme s’il cherchait quelque chose dans ses yeux. Sans qu’elle puisse déterminer si ce qu’il y trouve est bon ou non pour elle, Sutcliff lui tend alors l’un des verres. Joah fixe un instant la surface rouge, seulement perturbée par le transport. Prendre ce verre… cela signifierait-il faire un choix ? Rester encore, s’engager à continuer cette étrange discussion avec la mort ? L’idée peut paraître effrayante. Cependant, la peintre réalise que cela pourrait avoir son importance. Quelque chose ne va pas, dans ses souvenirs. Dans ses convictions.

« Il y a aussi un petit détail…Détruire c’est amusant, mais est-ce que vous êtes prête à vivre avec le résultat. A reconstruire ? »

Joah fixe un instant la Mort, puis tend une main marquée de rouge vers elle, venant se saisir délicatement du verre tendu. Signant son premier choix. Portant le verre à ses lèvres de la couleur du liquide, elle en boit une gorgée. L’arôme riche du vin empli aussitôt son palais.

« Je suis d’accord avec vous. » Une pause. Elle regarde instant la couleur écarlate du liquide. Du rouge, encore… « A quoi bon rendre hommage ? C’est absurde. Pourtant –et je ne saurais l’expliquer, j’ai l’intime conviction qu’il assistera, d’une façon ou d’une autre, à ce brasier. »

Joah esquisse un sourire, relevant son regard vers l’homme.

« Depuis qu’il n’est plus là… le feu semble abriter un morceau de lui. Sa silhouette, son rire ; peut-être qu’un immense incendie me le rendra tout entier ? » Un rire. Sans joie. Presque amer. L’étrange lueur qui s’est allumée dans son regard s’éteint un instant. « Vous devez en croiser bien souvent. Des fous qui vous tiennent ce discours. » Elle soupire. « Je sais, rationnellement, que le feu ne me le rendra pas. Et pourtant. Cela m’importe peu. Parce que je sais aussi qu’il pourrait m’apparaître à ce moment précis, baigné d’apocalypse. »

L’image même la transcende. Puis Joah esquisse un nouveau sourire. Plus doux. Presque désolé. Bien qu’elle ne le soit pas. La promesse du feu ne lui apporte qu’une joie étrange ; pas cette promesse d’effroi et de douleur que cela aurait dû lui signifier. Cela, elle peine à le réaliser ; tout en en prenant vaguement conscience au fil de leur conversation. La peintre porte le verre à ses lèvres. Une nouvelle gorgée. Puis répond à sa dernière question.

« Je ne sais pas. Je ne réussis pas à me projeter, après cela. Dans mes pensées, c’est comme si tout s’arrêtait après cette apogée ; ensuite, il n’y aura plus rien, pour moi. » Son regard se porte un instant sur le cadavre, puis le verre brisé. « Pourtant… je commence à réaliser que cela sonne comme un sacrifice. Je n’ai jamais voulu mourir pour quelqu’un d’autre. »

Son regard se reporte sur lui. Réalisant quelque chose.

« D’ailleurs… vous m’écoutez divaguer comme une illuminée depuis tout à l’heure. Je ne suis pas morte. Votre curiosité est-elle tout ce qui me tient en vie ? »




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 15 Oct 2017 - 18:24

« Oui. »

La facilité avec laquelle elle admet la chose a de quoi surprendre.  Alors qu’elle semblait empêtrée dans des réflexions bien trop profondes pour que le shinigami n’envisage de s’y pencher, voilà que sa compagne lui répond. Une réponse simple, concise, efficace.  Est-ce qu’elle répond ainsi par facilité ? Pour gagner un peu plus de temps, ou alors le pense-t-elle vraiment ?



Elle accepte facilement le verre tendu, proposition silencieuse d’éterniser un peu plus cette étrange soirée. Peut-être avait-elle prévue de passer un long moment ici, avec l’homme pour réaliser son œuvre. Grell ne savait pas vraiment combien de temps un tableau comme celui qui était sur le chevalet pouvait prendre. Longtemps. C’était sûrement pour cette raison qu’aucun domestique n’ait encore pointé le bout de son nez. On pourrait presque croire que le temps s’est arrêté ici.


  « Je suis d’accord avec vous.  A quoi bon rendre hommage ? C’est absurde. Pourtant –et je ne saurais l’expliquer, j’ai l’intime conviction qu’il assistera, d’une façon ou d’une autre, à ce brasier. »

S’il assiste à ce brasier, c’est qu’il est encore en vie. Ou alors c’est un shinigami. Les anges et les démons faisaient partis des vivants..enfin une certaine forme de vie. Il était vraiment difficile de caser tout le monde dans des petites boites et le rouquin ne comprenait toujours pas comment et pourquoi ses supérieurs s’embêtaient à leur inculquer que les démons étaient le mal, les anges des êtres dont il ne fallait pas s’occuper et les humains leur travail. La vérité était bien plus complexe et fascinante et nombre des siens sont morts où ont quitté leur emploi en découvrant que ce que l’on apprenait à l’école était bien loin de la réalité du terrain. Elle sourit. Le regarde. Lui ne bouge pas d’un poil. Il la laisse parler. Malgré tout ce que l’on peut dire le concernant, il est à l’écoute. Et chaque parole qui sort de la bouche de la jeune femme est enregistrée pour être analysée. Pas forcément tout de suite…mais il sait qu’il y repensera. Le moment venu.


 « 
Depuis qu’il n’est plus là… le feu semble abriter un morceau de lui. Sa silhouette, son rire ; peut-être qu’un immense incendie me le rendra tout entier ?  Vous devez en croiser bien souvent. Des fous qui vous tiennent ce discours. » 


Des fous il en croise où. Mais ils ne sont pas si rationnels, et ils n’ont pas ce genre de discours. Les fous qu’il a rencontré et qui ont une tendance à la destruction sont en général des êtres en souffrance. La souffrance d’un être perdu à jamais, la souffrance de soi-même. Les fous étaient là catégorie d’humains dont il se méfiait le plus. Parce que derrière leur folie se cachait un peu de vérité. Et qu’il ne tenait pas vraiment à savoir de quel autre bois le monde était fait.




  « Je sais, rationnellement, que le feu ne me le rendra pas. Et pourtant. Cela m’importe peu. Parce que je sais aussi qu’il pourrait m’apparaître à ce moment précis, baigné d’apocalypse. »

Et nous y étions. L’après. Buvant une gorgée du breuvage, plus pour s’empêcher de parler et de couper court à ce déluge de parole et d’informations, qu’il avait du mal à mettre bout à bout. Il s’efforça de rester concentrer. Tout en se demandant si cette personne n’était pas dans le fond, bien plus dangereuse que lui.

 « 
Je ne sais pas. Je ne réussis pas à me projeter, après cela. Dans mes pensées, c’est comme si tout s’arrêtait après cette apogée ; ensuite, il n’y aura plus rien, pour moi.  Pourtant… je commence à réaliser que cela sonne comme un sacrifice. Je n’ai jamais voulu mourir pour quelqu’un d’autre. » 


Ce qui signifiait ? Qu’elle était prête à mourir pour lui ? Pour un souvenir ou pour un mort ? Qu’elle ne vivait que dans le but de réaliser son rêve à lui ?   Le rouge n’était pas certain d’avoir compris tout ce qu’impliquait cette histoire de feu et de mort. Mais il trouvait cette histoire assez triste dans le fond. Une personne ayant pour but de mettre le feu, sur la demande d’une autre personne. Ses yeux balayèrent le cadavre et la personne vivante devant lui, se demandant un instant qui était le plus mort des deux. Son sourire avait quitté son visage, laissant place à une expression concentrée qu’on ne lui voyait que rarement.

 « D’ailleurs… vous m’écoutez divaguer comme une illuminée depuis tout à l’heure. Je ne suis pas morte. Votre curiosité est-elle tout ce qui me tient en vie ? »


La question faisait échos à ses propres pensées. Tellement que la bouche du rouge s’ouvrit en un petit O d’étonnement. Un instant il ne sût que dire. Par où commencer. Le sac de nœud qu’il venait de découvrir étaient en réalité bien plus complexe que ce qu’il avait imaginé. Il l’observa simplement, reprenant une petite gorgée de vin pour se donner contenance. Il n’aimait pas tellement le vin. Mais il n’avait rien vu d’autre dans la pièce. Et l’heure n’était pas à la fouille de l’endroit pour se désaltérer.


Finalement, après avoir laissé égrener quelques minutes il se décida. Il s’avança d’une démarche chaloupée, près, très près de celle qui venait d’avoir l’audace de lui demander pourquoi il ne l’avait pas encore tuée. Saisissant délicatement le menton de l’artiste entre son pouce et son index, il immobilisa son visage de façon à ce que leurs yeux entrent en contact. Son souffle léger balayant sa joue.


« Je me demande seulement si tu es encore en vie… »


Sa voix n’avait été qu’un murmure. A peine audible par la jeune femme. Aussitôt il retira sa main, s’attendant à une réaction plutôt violente. Se reculant de quelques pas il continua d’une voix plus forte.


« A dire vrai, je ne pense pas que vous soyez une illuminée. Et puis, j’ai du temps à perdre. Sans compter que je ne vois absolument pas pourquoi vous devriez mourir ce soir ? C’est ce que vous aviez décidé ? »
Un sourire mutin apparut sur le visage de la faucheuse alors qu’il reprenait ses termes du début de la soirée. L’un comme l’autre savaient qu’il y avait au moins une bonne raison pour que la mort ne décide de s’emparer de l’artiste…


« Je me demande combien de temps cela vous prend ? »


Du menton il désigna la toile. Une nouvelle idée venait peu à peu de prendre place au sein de son esprit.
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 22 Oct 2017 - 11:12


Ashes to ashes
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Elle aurait esquissé un sourire amusé, face à son expression d’étonnement, si la situation avait été différente. Mais Joah reste impassible, désormais. Fixant Sutcliff avec ce regard crâne qui lui est éternel, comme le mettant au défi. Ce n’est pas intelligent. De jouer ainsi avec la mort. Mais au fil de leur conversation, la rouquine a pris confiance. Trop, peut-être. Il ne va pas la tuer, hein ? Elle ne peut pas mourir… qu’est-ce que tu penses être, Joah, un genre de déesse ? Immortelle, intouchable par le temps et la mort ? Non… elle relève bien plus de l’Icare inconscient, l’effrontée. A moins qu’elle ne soit le soleil, également. Tous brûlent autour de son orbite. Elle brûlera aussi. Un jour ou l’autre. Elle le sait. Mais ignore volontairement cette évidence. Alors, la peintre joue avec la mort. Prend une autre gorgée de ce vin aussi rouge que son propre sang.

Après le silence, la mort s’avance, près, trop près. La main gantée de cet homme si rouge vient saisir son menton, délicatement, la forçant à regarder dans ses yeux étranges. Leurs visages sont si proches ; elle peut sentir son souffle sur sa joue. Il faut un instant à Joah pour procéder ce qui est exactement en train de se passer. La voix de l’étrange individu, qui n’est qu’un murmure, ajoute à cela.

« Je me demande seulement si tu es encore en vie… »

Joah se fige. Le regarde un instant, sans trop comprendre. Que veut-il entendre, par cela ? Puis, la main de la peintre, celle qui ne tient pas le verre, se lève brusquement. Cherchant à le repousser ; celle-ci balaye l’air, alors que l’homme s’éloigne tout aussi brusquement qu’il s’est approché. La laissant interdite. Le contact physique, si elle ne l’a pas désiré, la met mal à l’aise ; une poignée de main, une tape sur l’épaule, n’est rien. Mais cela est différent lorsqu’on cherche à restreindre ses mouvements. Au regard qu’elle lui lance, la mort pourra facilement comprendre que ce geste n’a pas été apprécié.

« Ne me touchez pas. »

Cela, elle l’a murmuré dans un souffle. Son esprit s’attarde sur les paroles énigmatiques de l’homme, avant de les reléguer dans un coin de son esprit. Elle les analysera plus tard. Enfin… dans l’hypothèse où elle sorte d’ici vivante, bien évidemment. Un mince sourire apparaît sur le visage de Grell. Il continue :

« A dire vrai, je ne pense pas que vous soyez une illuminée. Et puis, j’ai du temps à perdre. Sans compter que je ne vois absolument pas pourquoi vous devriez mourir ce soir ? C’est ce que vous aviez décidé ? »

Ses paroles font naitre l’ombre d’un sourire sur le visage de Joah. La jeune femme qui s’est reculée d’un pas, suite à l’action de l’homme, prend une autre gorgée de vin. Presque nonchalante. Elle secoue la tête :

« Nej. Pas ce soir. »

Ni ce soir… ni les soirs suivants, d’ailleurs. Jusqu’à ce qu’elle ait atteint son but.

« Je me demande combien de temps cela vous prend ? »

D’un geste du menton, il désigne le tableau. Laissant un instant la rouquine dans une certaine confusion. Alors… comme ça, il veut lui parler peinture, maintenant ? Soit. La jeune femme ignore les intentions qui se cachent derrière ce changement de sujet, ou même si cela n’est pas qu’un caprice de l’homme si rouge, après tout. Mais qu’importe.

« Des heures. Des semaines. Des mois, parfois même des années. » Joah fait un pas vers son œuvre ; observant le visage inachevé. « Peindre est un long processus. Il faut s’adapter au modèle ; aux réactions de la peinture. Le temps de séchage. L’altération du temps ; de l’inspiration. »

Une autre gorgée. Un autre sourire. Plus similaire à ceux, arrogants ou malicieux, qu’elle a l’habitude d’afficher. La peintre a repris contenance. Etrange, cette maitrise d’elle-même que Joah est capable d’avoir, en cette situation. Quand va-t-elle s’écrouler ?

« La peinture vous intéresse ? »




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Lun 23 Oct 2017 - 15:19

« Ne me touchez pas. »

Un sourire, encore. Narquois cette fois-ci. Il y avait bien longtemps qu’un vrai sourire sincère n’était apparu sur son visage. Non pas qu’il se refuse à cet exercice, seulement personne ne semblait vouloir s’entraîner à cela avec lui.



Elle semble si sûre d’elle. Si maîtresse de la situation. A-t-elle seulement conscience qu’elle se trouve sur le fil d’un rasoir, au bord d’un précipice et qu’un léger souffle suffirait à la faire sombrer ? Non, bien sûr que non.


Cela n’arrive qu’aux autres. Combien de fois l’a-t-il entendu ? De la bouche des mourants, des proches, de toute personne qu’il vient délivrer de sa vie de misère. Pas maintenant, je n’ai pas terminé, il me reste encore des choses à vivre, à accomplir. La mort se moque de vos projets, de vos ambitions. Elle n’a que faire de vos belles paroles et de votre âge. Elle vient quand elle veut. Parfois, elle se contente de jouer avec vous, avant de vous laisser un peu de temps, parfois elle est impatiente et vous serre contre elle dans une étreinte mortelle.

«
Nej. Pas ce soir. »

La mort s’amuse avec cette personne si arrogante. Lui donner une leçon ? Oui. Bien sûr, on ne pouvait pas laisser quelqu’un penser qu’il peut ainsi discuter et jouer impunément avec elle. Aujourd’hui, le rouge n’a pourtant pas envie de faire couler le sang. D’abord parce qu’il n’est pas équipé pour le faire convenablement, les ciseaux n’étant pas ce que l’on fait de mieux pour ôter la vie. Il allait tenter une méthode plus subtile… 

« 
Des heures. Des semaines. Des mois, parfois même des années. Peindre est un long processus. Il faut s’adapter au modèle ; aux réactions de la peinture. Le temps de séchage. L’altération du temps ; de l’inspiration.»

Elle est passionnée, on le sens dans sa manière de parler, son attitude. Pourtant ce tableau-là ne sera jamais terminé. Voit-elle cela comme un échec ? Et que se passe-t-il si le modèle et le peintre n’ont pas la même vision finale de l’objet ? L’un peut-il imposer sa vision à l’autre, de force ? Parler peinture semble l’avoir définitivement calmée. Même si elle n’avait jamais semblé proche de la crise de nerf. 


"La peinture vous intéresse ?»



Il se passa la main sous le menton, réfléchissant à la question. Qu’est-ce qui l’intéressait au juste ? La réponse la plus évidente serait en effet la peinture, mais peut-être est-ce juste la manière de s’exprimer, de faire comprendre ses émotions et sentiments, lui que personne ne prend au sérieux. Réussirait-il à transmettre la force de sa passion au travers de la peinture ? Un éclair de malice traverse son regard alors qu’il repense à ses déboires en tant que majordome. Il n’est pas un artiste. Enfin, pas un artiste manuel. Son talent c’est la mise en scène. Jouer.


Au final, est-ce l’œuvre ou l’artiste qui l’intéresse le plus ?


« J’ai pour habitude de m’intéresser à tout ce qui m’entoure. Et je n’ai encore jamais rencontré d’artiste avec lesquels je puisse discuter. La plupart étaient déjà bien abîmés…»


 Complétement fou oui. C’était le lot de bons nombres de créateur, d’inventeurs. Paria de la société qui finissent leur jour sans le sous pour, une fois mort, devenir des stars. Autant vous dire que Grell n’avait pas cherché à discuter de leur œuvre. Il affichait un air sérieux désormais, qui n’atteignait pourtant pas le haut de son visage.


« Et qui gagne quand les deux héros n’ont pas la même vision des choses ? N’est-ce pas se détruire soi-même que de créer des choses contre notre volonté ? »

On pouvait ressentir une réelle curiosité émanant de la faucheuse. Finalement, la mort n’avait pas réponse à tout.
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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Dim 5 Nov 2017 - 21:27


Ashes to ashes
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Alors que la mort semble réfléchir, prenant son temps pour répondre à sa question, la jeune peintre tourne son visage vers le verre éclaté de la fenêtre. Combien de temps ont-ils encore, avant que l’un des employés ne se rende compte que quelque chose ne va pas ? Cela fait des heures que personne n’est venu ; il faut dire que Joah a stipulé dès le départ qu’elle détestait être interrompue. De même pour son client, dont les yeux vides fixent désormais le néant. D’un côté, cela est une chance ; ils ne seront pas interrompus. Mais cela servira aussi les accusations qui pèseront sur elle ; quel moment plus propice à commettre un meurtre, que celui-ci ? Scotland Yard ne la croira pas. A moins qu’elle ne trouve un bon alibi, entre temps. Tout indique qu’elle l’a tué. Un instant, la danoise évalue les destinations possibles, où la police anglaise n’aurait aucune prise sur elle. Devrait-elle en venir jusqu’à quitter le pays ? Non… la peintre ne veut pas partir de Londres, pas si vite. Il faudra donc trouver quelque chose d’irréfutable, pour convaincre de son innocence. Sans parler de cette vitre brisée… comment expliquer cela ? Sans évoquer l’homme si rouge ? Joah se mord légèrement la lèvre ; toute plongée dans ce dilemme. Elle relève son visage lorsque l’homme se décide enfin à s’exprimer :


« J’ai pour habitude de m’intéresser à tout ce qui m’entoure. Et je n’ai encore jamais rencontré d’artiste avec lesquels je puisse discuter. La plupart étaient déjà bien abîmés… »

….qu’entend-t-il par abîmés ? Fous ? Déjà perdu dans leurs propres fantasmes, irrémédiablement attirés par ce néant qui soulage ? Certainement. Joah en est bien consciente ; cette déchéance est le lot de nombre de créateurs. On commence à peindre, composer, écrire, avec ardeur, tout habité de la fougue de la jeunesse. Puis le temps passe ; la réalité nous frappe ; la fougue s’atténue pour nous quitter. Et l’on s’éteint, trop souvent en silence, dans l’indifférence d’un monde qui se met à nous vénérer lorsqu’on est plus là. C’est une fin injuste. Absurde, alors que ce même monde devrait au contraire respecter plus que tout les créateurs. Joah, elle, s’est promis qu’elle ne finira pas comme cela ; non. Elle s’assurera de briller plus ardemment que jamais avant de s’éteindre brusquement. Elle ne laissera personne la faire tomber dans l’oubli ; l’arrogance de la jeunesse. Celle qui croit la surface du monde peut-être ébranlée par son passage.

« Et qui gagne quand les deux héros n’ont pas la même vision des choses ? N’est-ce pas se détruire soi-même que de créer des choses contre notre volonté ? »

Joah esquisse un sourire. Voilà une question qui mérite réflexion. La jeune femme écarte légèrement les bras, dans un geste théâtral ; comme offrant sa personne à la vue de la mort et de ce corps si froid. Nuançant ses propos d’avant.

« Eh bien ; me voilà, désormais. Je suis certainement un peu fêlée, mais si je ne l’étais pas, après tout, je ne serais pas en train de causer avec la mort, non ? »

Une lueur malicieuse passe dans son regard. La peintre boit une gorgée de vin, semblant chercher ses prochains mots ; le fil de sa réflexion.

« C’est une question très intéressante. J’aurais tendance à être de votre avis ; mais que l’on créée sous contrainte ou de notre plein grés, la création est toujours en soit un acte de destruction. Nous retirons quelque chose de nous-même pour le mettre dans notre œuvre ; pour l’exorciser hors de notre corps. Perdant, au fil du processus, quelques morceaux. Voire même notre âme, qui sait ? » Elle rit. Si seulement elle savait. A quel point cela est ironique venant d’elle. « Du moins, c’est mon avis. La différence entre ces deux cas de figure est que l’un est, pour moi, dégradant. On s’abaisse à exécuter la volonté d’un client notoire ; alors qu’au fond, nous nous soucions bien peu de sa figure. Je ne vais pas mentir ; je l’ai fait. Et je le fais. Car il faut survivre. Mais je refuse ces commandes, lorsque j’en ai les moyens. Car lorsque je les fais, je me sens plus artisan qu’artiste. La frontière est floue, mais elle existe. »

La jeune femme tourne son regard vers la figure sévère esquissée sur la toile ; avant de revenir vers Sutcliff. A quoi joue-t-il exactement ?...




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Message Sujet: Re: Ashes to ashes [Grell Sutcliff] Mer 8 Nov 2017 - 18:16

Le temps continuait de s'écouler inexorablement, s'il n'avait pas la même valeur pour tout les êtres vivants. Et bien qu'il ait l'éternité devant lui, le shinigami n'oubliait pas que ce n'était pas le cas de la demoiselle. Il écoutait avec attention, comme un élève écoute son professeur. Elle aimait ce qu'elle faisait et arrivait à transmettre cette passion lorsqu'elle s'exprimait ce qui n'était pas donné à tout le monde.

« Eh bien ; me voilà, désormais. Je suis certainement un peu fêlée, mais si je ne l’étais pas, après tout, je ne serais pas en train de causer avec la mort, non ? »

Elle n'a plus peur. Mais a-t-elle seulement eu peur un seul instant durant cette soirée ? Se rend-t-elle seulement compte de la chance qu'elle a que ce lui qui soit venu. Et pas un autre. Non, bien sûr que non. Personne ne peut imaginer ce qui se passe là-haut. Ni à quel point le rouge est différent de ses collègues. Il se contente de sourire, se frottant le menton en écoutant la suite.

« C’est une question très intéressante. J’aurais tendance à être de votre avis ; mais que l’on créée sous contrainte ou de notre plein grés, la création est toujours en soit un acte de destruction. Nous retirons quelque chose de nous-même pour le mettre dans notre œuvre ; pour l’exorciser hors de notre corps. Perdant, au fil du processus, quelques morceaux. Voire même notre âme, qui sait ? »« Du moins, c’est mon avis. La différence entre ces deux cas de figure est que l’un est, pour moi, dégradant. On s’abaisse à exécuter la volonté d’un client notoire ; alors qu’au fond, nous nous soucions bien peu de sa figure. Je ne vais pas mentir ; je l’ai fait. Et je le fais. Car il faut survivre. Mais je refuse ces commandes, lorsque j’en ai les moyens. Car lorsque je les fais, je me sens plus artisan qu’artiste. La frontière est floue, mais elle existe. »

Tout comme lui lorsqu'il devait se contenter de prendre les âmes sur cette stupide liste. Finalement n'était-il pas plus libre depuis qu'il n'avait plus ce calepin stupide qui lui servait de laisse et de muselière ? Non, bien sûr que non. Plus que jamais il savait qu'il devait se tenir à carreau. Même William l'avait à l'oeil et n'attendait qu'un faux pas pour...pour faire quoi au juste ? Il n'en avait aucune idée mais il ne voulait pas songer à cela pour le moment. Il avait une artiste à convaincre. Et a terroriser également. Elle n'avait pas assez peur. Or la peur était essentielle. Surtout lorsqu'il s'agissait de survivre.

Continuant d'errer dans la pièce comme une âme en peine, il regretta une nouvelle fois sa chère faux. Effrayer quelqu'un avec des ciseaux c'était quand même assez compliqué. Il laissa échapper un soupir, cette situation commençait à l'ennuyer. Cette fille était complément folle mais il ne savait pas encore si elle était sous l'influence d'une autre créature ou si c'était juste son art qui était déjà en train de la ronger.
Un sourire entendu sur les lèvres, il fit un bond pour se retrouver juste derrière elle. Soufflant légèrement sur sa nuque il susurra.

« Je vous propose un contrat. Vous avez trois mois pour me réaliser une œuvre qui me touche. Si au bout des trois mois votre œuvre n'est pas achevée vous mourrez. Si l'oeuvre ne plaît pas vous mourrez. »

Puis il posa la lame de ses ciseaux contre le cou de l'artiste, réalisant une petite entaille avant de mettre à sac la pièce. Il poussa ensuite la porte de la pièce, laissant entrer un courant d'air qui vînt faire tourbillonner ses cheveux. Si elle ne voulait pas se retrouver dans une affaire de meurtres, voilà qui lui permettait de faire croire qu'un voleur venait d'entrer et les agressait. Il lui suffisait juste de crier.

Juste à côté de la porte il leva la main au ciel, en un signe d'au revoir et lui envoya un baiser volant assorti d'un clin d'oeil. La pièce était terminé et il était temps pour la diva de regagner ses pénates.
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